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Laurent Pichon : « Ça coulait partout et j’ai tout de suite senti que mes dents étaient cassées »
Laurent Pichon à la voiture de son directeur sportif Frédéric Guesdon | © Pressesports

Laurent Pichon : « Ça coulait partout et j’ai tout de suite senti que mes dents étaient cassées »

De la pluie, des orages et même de la neige en plein mois de mai sur le Tour d’Italie ! Les coureurs ont souffert pendant trois semaines. Parmi les plus courageux, Laurent Pichon peut certainement figurer en haut de la liste.

Le Breton a chuté dès le premier jour. Bilan : deux dents cassées, menton ouvert, contusions sur tout le corps et pourtant le coureur de la FDJ est arrivé au bout du Giro. Pour le premier grand tour de sa carrière Laurent avait imaginé un meilleur scénario. Il s’est confié au Phare Ouest et explique comment se sont déroulées ses trois semaines de course.

Bonjour Laurent, vous avez terminé dimanche dernier le Tour d’Italie dans des conditions dantesques, félicitations. Pourtant, en chutant dès le premier jour personne n’y aurait cru !

C’est sûr ! Dans les 20 premiers kilomètres on roulait autour de Naples. La route était vraiment en très mauvais état. J’étais en train de boire, donc j’avais une main sur le guidon l’autre qui tenait le bidon. Puis j’ai roulé sur un gros trou. Ma main a glissé et j’ai fait un soleil. Je suis tombé la tête la première sur le sol. Quand je me suis relevé j’ai senti que mes dents étaient cassées. Je saignais partout, ça coulait beaucoup. Mon menton était ouvert et j’ai aussi pris sur les bras, un peu partout en fait.

Qu’est-ce que vous vous êtes dit à ce moment-là ?

J’ai eu un moment d’hésitation. Une fraction de seconde, dans ma tête, je me suis « Tu n’as fait que 20 kilomètres. Ton Giro ne peut pas s’arrêter si tôt. » Donc je suis reparti. Mais si ça n’avait pas été le Giro, mon premier grand tour, je ne serais jamais reparti. Je me suis accroché jusqu’à la fin de l’étape pour que l’on puisse faire au moins le bilan le soir. J’ai eu de la chance qu’un dentiste me refasse les dents dès le soir même.

Laurent Pichon

Comment s’est organisé le rendez-vous avec le dentiste ?

Le soir de la première étape on dormait à l’hôtel avec l’équipe russe Katusha. Leur médecin est Italien, il vient de Naples, là où on était logés. Un de ses meilleurs amis est dentiste donc il l’a appelé. Il est venu à l’hôtel voir dans quel état j’étais. Quand il a vu les dégâts il a été d’accord de me prendre en charge. Il a annulé sa soirée et on est allés à son cabinet. Là, il m’a reconstruit les dents pendant plus de deux heures. Quand je suis sorti il devait être 22h ou 22h30 ! Je n’ai pas eu de massage ce soir-là, ni tout le petit rituel (rires).

Comment faisiez-vous pour manger sur le vélo, car ça devait faire très mal ?

Mes dents n’étaient pas entièrement cassées mais je sentais bien les nerfs, c’était vraiment pas agréable. Quand je buvais aussi, c’était très sensible. Je me suis fait très mal à la mâchoire en tombant, j’ai certainement du avoir un hématome. Donc j’avais du mal à bien mâcher. Sur la course, je ne pouvais pas manger nos barres de céréales habituelles car elles étaient trop dures, donc j’en prenais d’autres plus molles. Mais c’est surtout par voie liquide que je me nourrissais. Le médecin de l’équipe me donnait des aliments liquides comme pour les personnes âgées ! Des boissons bien caloriques. Un Yop amélioré en fait (rires). La première semaine, le soir, je demandais souvent des pâtes ou une omelette à l’hôtel. Comme ça c’était pas trop compliqué pour eux. Au petit déjeuner pareil, je ne mangeais pas de pain ni rien. C’était vraiment la galère quand même !

Qu’est ce qui a été le plus dur à surmonter pendant ces trois semaines ?

Le plus gros problème c’était le sommeil. Je ne dormais pas très bien. J’étais arraché de partout. Les bras surtout. La nuit, je devais laisser à l’air et enlever les bandages, donc je ne pouvais pas vraiment me tourner. Je dormais bien seulement une nuit sur deux environ.

Au fil des jours, votre état de santé s’est amélioré. Mais en parallèle le parcours se corsait avec des étapes de montagne et la météo se dégradait, il a même neigé. Finalement, quelle semaine a été la plus difficile pour vous ?

La première quand même. Car le mauvais sommeil plus le fait de ne pas bien manger c’était fatiguant. Sous les bandages ça ne se voyait pas mais il y avait des hématomes partout, donc j’étais très raide sur le vélo. Le moindre trou et le moindre pavé c’était très dur. Ensuite, tout s’est enchaîné. Comme je n’avais pas bien dormi la première semaine, les deux autres étaient difficiles car je n’avais plus trop de forces. Finalement je n’ai pas pris beaucoup de plaisir sur le vélo. J’avais les jambes pour suivre, mais pas pour faire la course. J’ai subi pendant les trois semaines.


Y a-t-il quand même une étape où vous avez pris du plaisir ?

La 16e étape, le mardi après la deuxième journée de repos à Valloire. J’étais plutôt bien physiquement. J’étais confiant après cette journée de repos qui m’a fait du bien. On entamait la dernière semaine du Giro, je trouvais que ça allait mieux. Les sensations étaient meilleures. J’ai même aidé Francis Mourey à se placer. Cette journée m’a donné du courage pour la suite. Mais au final le lendemain c’était redevenu comme avant. Mauvaises sensations et douleur.

Pour votre premier grand tour, quel vous deviez avoir sans cette chute ?

À la base je venais sur le Tour d’Italie pour aider Nacer Bouhanni dans les sprints mais du coup je n’ai rien pu faire. J’étais quasiment tous les jours à l’arrière du peloton. Sauf l’étape où je suis allé à l’avant pendant 40 kilomètres. Ça m’a fait du bien au moral.

Justement le premier jour, lors de votre chute, l’équipe devait travailler pour emmener Nacer Bouhanni au sprint. L’organisation a-t-elle été modifiée après que vous soyez tombé ?

C’était prévu que j’emmène Nacer avec Murilo Fischer. Quand Murilo m’a vu arraché de partout, il a su qu’il allait être tout seul à le faire, c’est tout. Sinon, il n’y a pas eu de changement. On ne m’a pas attendu car Arnold (Jeannesson) et Sandy (Casar) espéraient faire quelque chose au général. C’était la première étape, ils n’allaient pas perdre du temps dès le début juste pour moi.

Laurent Pichon

Laurent a retrouvé le sourire. Il était l’invité de Tébéo lundi. Crédit photo : Philippe Priser

Comment vous sentez-vous après une semaine entière de repos ? Quel a été le programme ?

La forme revient mais il manque encore un peu de fraîcheur. Lundi et mardi je n’ai pas roulé. Ensuite j’ai fait des sorties de deux heures, pas plus. Et samedi le Critérium d’Amiens.

Et maintenant, quelle va être la suite du programme ?

Je vais courir à la Route du Sud du 13 au 17 juin, puis les championnats de France juste après.

Vous connaissez bien le parcours des France puisque vous n’habitez pas loin de Lannilis (ndlr : Les championnats de France se déroulent à Lannilis du 20 au 23 juin). Que pensez-vous du parcours ?

Ça va être très ouvert cette année. C’est un circuit équilibré avec des parties plates, puis des secteurs « pavés » (les ribinous). C’est moins dur qu’à Boulogne-sur-Mer il y a deux ans et c’est plus dur que le circuit tout plat de Saint-Amand-les-Eaux de l’année dernière.

À qui peut convenir ce parcours ?

Quand j’ai reconnu le parcours il y a quelques mois, tout de suite je me suis dit : ça c’est un circuit pour Sylvain Chavanel ! S’il attaque dans les derniers tours de circuit, ça risque d’être compliqué de le suivre. Si jamais ça se joue au sprint, je vois bien les gars de l’équipe l’emporter, Arnaud Démare ou Nacer… Et puis sinon j’aimerais bien ça me convienne aussi… (il sourit).

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