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Pénibilité. Les facteurs psycho-sociaux oubliés
D'autres facteurs à prendre en compte | Lucile Brasset

Pénibilité. Les facteurs psycho-sociaux oubliés

Accidents, gestes répétitifs, maladies du travail, …Les contraintes physiques sont connues. L’aspect psychologique est souvent oublié. Pourtant il existe partout des métiers « sous pression ». Tour d’horizon de ce mal-être caché dans le Trégor, sans oublier les autres critères de pénibilité.

« En fin de service, on a sou­vent du mal à relâcher la pression accumulée… » Alizé Montegu, 19 ans, est ser­veuse au restaurant Le Moulin Vert à Lannion. Son métier est reconnu comme ayant des facteurs de pénibilité, surtout psychologiques : adaptation à la diversité de la clientèle, réponses en urgences aux demandes ou organisation de plusieurs tables en même temps. Comme elle en Bre­tagne, de nombreux travail­leurs sont dans ce cas là. Sur le site travaillermieux.gouv.fr, plus de 60 métiers considérés comme pénibles sont réper­toriés. Il existe trois facteurs de pénibilité: les contraintes physiques, environnementales et psychologiques. Les der­nières sont souvent celles qui passent à la trappe… « Les gens pensent que c’est un travail simple et convivial, par le rela­tionnel avec les clients. Mais ils oublient les entre-deux : mise en place des tables, débarras­sage, ménage,… », explique la jeune fille. C’est lors des coups de feux, le midi en semaine et le soir le week-end, que la pression est la plus forte. « C’est parfois frustrant de n’avoir même pas le temps de discuter avec les clients », ajoute-t-elle.

Des employeurs trop exigeants


Vincent Le Coz, maçon, tra­vaille pour la société Ke­rambrun, à Lannion. Il a quitté les bureaux pour les chantiers voici cinq ans. Au fil du temps, il considère que les conditions de travail se sont détériorées dans l’entre­prise. Les prix à la vente ont baissé et la pression du délai a augmenté. « Hier, le chef est venu me voir sur un chantier. Il m’a dit : « T’es encore là ? », parce que j’avais aussi un autre chantier en cours. Les délais sont plus courts qu’avant. Le problème c’est que le matériel ne change pas et que nous pou­vons difficilement travailler plus vite… ».
Une pression aussi dans les métiers de travail postés. Maxime* a travaillé trois se­maines en intérim dans l’en­treprise Novatech. Il n’a pas supporté la pression de la res­ponsable de chaîne. « On ne pouvait pas discuter. Quand on le faisait un petit peu, on se faisait réprimander : « On discute, on discute, mais faut envoyer » nous disait notre res­ponsable. On avait une pause de seulement deux minutes durant laquelle on pouvait al­ler aux toilettes chacun notre tour » relate le jeune homme.
Les syndicats reçoivent par­fois des salariés qui viennent se plaindre de ce genre de­pressions. A l’Union locale de la CFDT à Lannion, un syn­diqué (qui souhaite conserver l’anonymat) se rappelle d’une histoire qui l’avait choqué : « À Lannion Trégor Agglomération, une femme était tellement stressée au travail qu’elle avait perdu 10 kg. C’est une de ses collègues qui était venue dénoncer le management dans cette collectivité. » Cependant, les travailleurs n’osent pas toujours venir voir les syndicats : « Se plaindre n’est pas une fierté, » ajoute le bénévole.

« Le moral en prend un coup »

À l’abattoir de Lannion, les salariés dépècent les animaux, vident les panses, chargent les camions… Olivier Botjaffray y est employé depuis six ans.
« Le plus difficile au quotidien, ce sont les charges physiques. Je fais les mêmes gestes à répétition, ça fini par user un peu le bonhomme… » En fin de journée, avec la fatigue, les accidents sont vite arrivés. Marie-France Guillomard, responsable de l’abattoir depuis 1995 l’explique : « En bout de chaîne, avec le manque de concentration après avoir travaillé pendant dix heures, un couteau à la main, vous vous retournez, il y a un collègue à côté… L’espace de travail est petit, il faut anticiper du regard car un choc est vite arrivé. »

Pénibilité. Les facteurs psycho-sociaux oubliés

Dans le bruit, Jérôme Rouxel installe les plaquettes pour le journal de Vitrée. (L.B.)

À Cavan, l’Impram est une imprimerie qui gère des hebdomadaires comme le Trégor, l’Echo d’Ancénis et du Vignoble ou Les Sables. Ils sont quatre rotativistes par équipe à travailler plusieurs jours par semaine. Ce métier est reconnu comme l’un de ceux qui totalise le plus de facteurs de pénibilité : gestes répétitifs, exposition au bruit ainsi qu’aux produits toxiques. Jérôme Rouxel y travaille depuis 35 ans. « Les risques physiques sont surtout liés à l’écrasement Les doigts peuvent se retrouver coincés sous les rouleaux pendant des réglages. »

Chuter et se relever

Les métiers où l’on travaille en plein air sont les plus exposés aux facteurs de risque liés à l’environnement. Les chutes y sont les plus fréquentes.
À La Clarté, près de Perros- Guirec, cinq carriers travaillent pour la Société Amoricaine de Granit. Charles Urvoy, responsable du site, y passe la plus grande partie de sa journée. « Je suis déjà tombé plusieurs fois, et de très haut. Je me suis pété deux vertèbres et un de mes reins a été touché. Deux mois après, j’étais de retour au boulot. Dans ton métier, tu dois repartir tout de suite. Sinon tu ne reprends jamais ». Des accidents qui peuvent être mortels… En 2007, dans la carrière communément appelée « Gad» de Perros-Guirec, un directeur un directeur technique est décédé et son chef carrié a été grièvement blessé. Leur engin a fait une chute de sept mètres.
Le secteur du bâtiment est celui où le nombre d’accidents est le plus élevé, d’après la Caisse d’assurance retraites et de la santé au travail (CARSAT).
Vincent Le Coz travaille en ce moment au stade du Forlach à Lannion, pour un chantier qui doit durer 300 heures, accompagné d’un charpentier, Michel Besson. Ils travaillent sur des échafaudages. Les salariés de leur entreprise ont tous suivi une formation. « Le plus important sur le terrain est la sécurité. Pour le garde-corps, il ne faut jamais dépasser 50 cm par rapport au mur sinon nous risquons de tomber. Je n’ai jamais chuté… Pour l’instant. »

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