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Marées vertes. Les industriels à l’abord’algues
La Baie de Saint-Michel-en-Grève | © Anthony Fouchard

Marées vertes. Les industriels à l’abord’algues

Elles sont un fléau pour le tourisme mais une manne encore inexploitée pour les industriels. Les algues sont en passe de devenir le nouvel or vert. Mais si certaines communautés de communes ont vite saisi l’intérêt d’autoriser les entreprises à récolter les algues échouées, d’autres refusent de s’associer à ces démarches « qui encouragent la pollution. » Le Phare Ouest a plongé la tête la tête la première dans ce grand bain.

On la surnomme la « laitue de mer ». Le comble, c’est qu’elle se mange. Pourtant, quand on observe ces grandes étendues verdâtres et nauséabondes,échouées sur les plages bretonnes, on peine à y croire. L’ulve -c’est son nom- c’est cette fameuse «  algue verte » dont on entend surtout parler depuis 2009. Date à laquelle un cheval est mort, enlisés dans une fosse d’algues putréfiées à Saint-Michel-En-Grève (22). Depuis, les plans de réductions des polluants s’enchaînent et les visites des ministres de l’environnement et des politiques se succèdent sur la baie de la lieue de grève, particulièrement touchée par ce phénomène que l’on appelle désormais les « marées vertes. »

Un atout pour l’avenir

Depuis les années 50, la culture des macro-algues est en constante augmentation dans le monde.  En 2009, on en ramassait déjà 15 millions de tonnes par an. Aujourd’hui, nous sommes plus entre 16 et 17 millions. La France elle, récolte péniblement… 70 000 tonnes chaque année. 99% est issue de la cueillette dans les estrans ou via des navires, et seulement 1% provienne de l’algoculture. On dénombre 6 algoculteurs dans l’hexagone, 5 sont basés en Bretagne. Mais le comble, c’est que les industriels du domaine de la transformation alimentaire en importent 54 000 tonnes par an. La production locale ne répond pas  à la demande.
On distingue trois secteurs principaux qui utilisent des algues. Les colloïdes (gélifiants, émulsifiants), l’alimentation humaine, puis ce que l’on appelle la chimie fine: cosmétiques, pharmacie, compléments alimentaires. Le chiffre d’affaire des trois secteurs cumulés représente 5 milliards d’euros pour l’année 2008. La chimie fine récolte elle 86% du pactole avec un CA de 4,3 milliard d’euros. Pour donner une autre échelle de valeur, le prix  à la tonne des algues utilisées comme colloïdes ou dans l’alimentation humaine tourne autour de 50 euros. Pour la chimie on atteint les 500 euros la tonne.

Algues Vertes

Breizh’Alg

Au Centre d’Etude et de Valorisation des Algues, cela fait bien longtemps qu’on les étudient, ces fameuses algues vertes. Précisément depuis les années 70.  Alors depuis, les chercheurs du  CEVA en ont trouvé des applications pour redonner une seconde vie à ces déchets échoués. «  Notre rôle c’est d’étudier le phénomène des marées vertes pour mieux comprendre son fonctionnement et tenter de développer une économie autour de l’algue, » explique Marc Danjon, le directeur général adjoint du CEVA. Le centre est une sorte de laboratoire d’expérimentation, mis au service des industriels. Les chercheurs expérimentent et accompagnent les entreprises pour qu’elle s’approprie les processus. Une aide qui a un coût, environ 1 000 euros par jour d’accompagnement.  Le CEVA est pourtant loin de la panacée, avec 2 millions d’euros de chiffre d’affaire pour 27 salariés, c’est une « petite maison. »

C’est à Pleubian sur la presqu’île de Pen Lann que les chercheurs du CEVA ont posé leurs éprouvettes. C’est ici également qu’est né le projet Breizh’Alg visant à « soutenir la structuration d’une filière « Algue durable » en Bretagne par le développement de l’algoculture. » Pas moins de 30 sites test ont été implantés sur l’année 2010/2011 en Bretagne, pour étudier différentes manières de cultiver. [L’étude de marché en PDF] A terme, ce projet pourrait rapporter 60 millions d’euros et générer une centaine d’emplois.

Le projet Ulvans

Longtemps considéré comme un fléau, à juste titre pour le tourisme et le commerce local, les algues vertes sont en passe de devenir une ressource en or, quasi-gratuite, et dont le potentiel reste encore bien méconnu. Une ressource qui peut rapporter gros et les industriels sont de plus en plus nombreux à se lancer dans la course au ramassage. En 2012, 60 000 m3 d’algues vertes se sont échouées sur les littoraux bretons, occasionnant d’énorme frais de ramassage. (A Saint-Michel-en-Grève, les algues sont récoltées 7 jours/7, à chaque marée. [Voir notre article sur les plans de ramassage à ce sujet.]

La société Olmix est une des premières à avoir flairé le bon filon. Elle fabrique déjà  un matériau à base d’argile  et d’algues vertes, destiné à l’automobile et  à la plasturgie. Entouré de deux de ses filiales, Amadéite et Melspring et de deux PME Bretonnes, PRP et Agrival ; Olmix a monté un consortium baptisé Ulvans.
Objectif : créer une filière de valorisation des algues… à moindre coût, puisque la matière première proviendrait ni plus ni plus des algues vertes qui gênent tant les collectivités. Olmix et consorts proposent donc de les ramasser, sur la plage mais aussi dans le rideau d’eau grâce à des machines spécialement conçues pour l’occasion. Cette dernière technique permet d’éviter que les algues ne se gorgent de sable et se dessèchent.

Les tracteurs sont adaptés pour récolter les algues dans le rideau d'eau, avant leur échouages | © Anthony Fouchard

Les tracteurs sont adaptés pour récolter les algues dans le rideau d’eau, avant leur échouages | © Anthony Fouchard

Double avantage : relancer l’économie bretonne qui plus est en réutilisant les machines délaissées de l’industrie légumière, (les procédés de traitement sont similaires) et débarrasser les collectivités du coût de ramassage. Les applications sont nombreuses, nutrition et santé animale, médicaments pour plantes, herbicides, fongicides…
Le PDG d’Olmix, Hervé Balusso,  avance que ce projet d’envergure va créer « une centaine d’emplois » entre Bréhan et Saint-Pol-de-Léon et générer un chiffre d’affaire de 150 000 millions d’euros par an, d’ici 2020. Concernant les profits on veut bien y croire, au vu de ce que nous avons explicité plus haut. Là où le doute s’immisce, c’est plus sur l’aspect « créateur d’emplois, » car si la filière de valorisation bat son plein en ce moment, c’est parce que les algues vertes  prolifèrent. Or, l’Etat et les collectivités de battent corps et âmes pour endiguer le développement des algues vertes.

Le rapport de force est vite fait entre tourisme drainant des milliers d’emplois et quelques centaines d’embauches locales. Hervé Balusson répond que quand « il n’y aura plus d’algues nous en cultiverons. » Sur la vidéo ci-dessous, vous pouvez prendre connaissance du projet Ulvans dans son ensemble.

Un process encore mal défini

C’est ce que déplore Jean-Claude Lamandé, vice-président de Lannion Trégor Agglomération en charge des bassins versants de la Lieue de Grève ou se trouve les plages les plus touchées des Côtes-d’Armor. «  Ulvans n’a pas abouti son process de fabrication, ni son modèle économique. Il se base sur la production d’algues vertes actuelles, et n’ont pas la moindre idée de comment pérenniser la filière qu’ils mettent en place. » Conséquence : aucun ramassage d’algues vertes à destination d’Ulvans n’est autorisé sur la Lieue de Grève. Pour l’instant, Agrival récolte les algues en baie de Douarnenez.

Autre détail qui interroge : le CEVA pourtant en pointe sur les méthodes de traitement et de valorisation n’a pas été associé au projet. Ulvans a préféré s’entouré du CNRS de Mulhouse et des chercheurs de l’université de Bretagne Sud. « Les entreprises choisissent les partenaires avec lesquels ils souhaitent collaborer. Le CEVA n’a pas d’appréciation a donné sur cette sélection, élude Marc Danjon ». Contacté à ce sujet, Olmix et Agrival n’ont pas donné suite.

Quid de la sécurisation ?

Jean-Claude Lamandé soulève aussi la question de la sécurisation. On sait que les algues vertes putréfiées dégagent un gaz mortel, l’hydrogène sulfuré.   Les entreprises mandatées par l’agglo’, qui interviennent tous les jours dans le ramassage des algues ont des consignes de sécurité très strictes et des détecteurs de gaz qui bipent en cas de problème. «  Pour l’instant on ne sait pas quel est le meilleur cheminement, le meilleur traitement des algues vertes, explique le vice président de LTA. Par précaution, mais aussi par éthique, l’agglomération refuse pour l’instant de s’associer à ce projet.

C’est devenu un rituel sur Le Phare Ouest, l’Amiral vous croque son point de vue sur l’enquête de la semaine :

Les algues vertes ? Pas de souci pour l'Amiral ! | © L'Amiral

Les algues vertes ? Pas de souci pour l’Amiral ! | © L’Amiral

Toujours plus d’éclairage

Regardez le débat sur les enjeux de la valorisation des algues vertes lors du Viv’Expo 2011

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