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Les vestiges des marées noires en Bretagne
© NASA

Les vestiges des marées noires en Bretagne

Plusieurs sites de stockage de déchets pétroliers vont être placés sous surveillance en Bretagne. C’est ce qu’indiquent les résultats d’une enquête menée conjointement par le ministère de l’Écologie et le BRGM. Le Phare Ouest s’est procuré ce rapport en exclusivité. Découvrez notre infographie recensant l’intégralité de ces sites sur le littoral breton.

Plus de trente ans après le naufrage du Torrey Canyon et de l’Amoco Cadiz, ( cliquez ici pour afficher notre timeline interactive ) l’État a décidé d’effectuer des prélèvements sur certains sites de stockage de déchets pétroliers. Dans le Trégor, les fosses disséminées à Perros-Guirec et dans les marais de l’Île-Grande feront l’objet d’un suivi régulier. Une victoire de haute lutte pour les associations écologistes. «En 2007, nous avons déposé plainte contre X pour abandon de déchets et délit de pollution des eaux. Elle est restée sans suite mais a obligé l’État à diligenter une enquête pour dresser l’inventaire de toutes les fosses du littoral breton», explique Jacky Bonnemains, président de Robin des Bois. En parallèle, l’association de défense de l’environnement a mené sa propre enquête et fait ressurgir quelques naufrages, perdus dans les abîmes des archives et des mémoires. «Notre rôle, c’était de pousser l’État à mettre en place une surveillance de certains sites que nous considérons prioritaires, pour vérifier que les polluants ne migraient pas dans le sous-sol.»

«Aucune fuite»

Après un premier inventaire sommaire, l’État a lancé une enquête en 2008, menée par le Bureau de recherche géologique et minière de Rennes (BRGM). Aujourd’hui, les investigations sont terminées. Les chercheurs ont établi une hiérarchie «des zones prioritaires». Ils se sont basés sur la nature des dépôts pollués et sur le type de sous-sol dans lequel les polluants étaient enfouis. Une différenciation essentielle car lors du nettoyage des littoraux, les entreprises ont ramassé tout ce qui avait pu être souillé. Sable, algues, mais aussi déchets plastiques et mazout pâteux. Certaines fosses sont donc davantage susceptibles de libérer des polluants. La liste est passée entre les mains de Philippe Bodenez, chef du bureau du sol et du sous-sol au ministère de l’Écologie. Ce dernier se veut rassurant. «Les résultats de l’enquête montrent qu’il n’y a aucune fuite. Les polluants ne bougent pas. Nous allons transmettre les résultats de l’enquête aux préfets des départements concernés, ce sont eux qui décideront de la marche à suivre.» Pas question donc de réitérer l’opération séduction de l’Île d’Er. Fin 2011, les pouvoirs publics avaient vidangé deux fosses à ciel ouvert… par hélicoptère. Montant de la facture: 600.000EUR. «Dans l’immédiat, il n’y a pas de volonté curative, on ne videra pas d’autres fosses», explique Philippe Bodenez.

188 sites en Bretagne

Dans les Côtes-d’Armor, ce sont 144 sites sauvages qui sont laissés en jachère. Certaines fosses restent très accessibles. C’est le cas notamment sur la côte de Granit Rose, haut lieu touristique du département qui attire chaque année plusieurs dizaines de milliers d’estivants. A Trébeurden par exemple, il suffit de se pencher pour constater les dépôts qui parsèment les marais de Notemo. D’autres mieux dissimulées, comme à Trégastel, où personne n’irait soupçonner que les courts de tennis sont construits sur plusieurs tonnes de mazout. Mais la plupart se trouvent juste sous nos yeux, comme la route nationale 12 (RN12). Sur plusieurs dizaines de kilomètres, les algues et le sable souillés ont servi de remblais. Sur l’ensemble du département, nombre de parkings et campings municipaux ont poussé par-dessus en guise de cache-misère.

Les marrées noires en Bretagne

Le ramassage des déchets souillés s’est fait à la hâte. Aucun suivi n’a été mis en place. Dessin © l’Amiral

Liste de recommandation

Nous avons pu constater le peu d’intérêt des élus vis à vis de cette enquête. Après quelques semaines de recherche, personne n’était en mesure de nous indiquer dans quel service se trouvaient la liste des sites de stockages. C’est finalement un nouveau coup de fil au Ministère de L’Écologie, qui nous apprend que les résultats sont dorénavant public… ou presque. Ils ont été publié sur le site du BRGM, mais sans hiérarchisation apparente. Il est donc très difficile de s’y retrouver. En fouillant avec un peu d’inspiration parmi plusieurs centaines de fiches très détaillées on peut néanmoins dénicher des informations intéressantes. Plusieurs sites font l’objet de recommandation de la part des géologues et chercheurs à l’origine de l’inventaire. C’est le cas notamment à l’Ile Grande, une zone classée Natura 2000. Sur la fiche correspondante, on peut lire « Fosse cimentée, vidangée mais qui est resté souillée ; nettoyage au solvant ou indemnités envisagées. » D’autres fiches, plus nombreuses, témoignent du total manque de suivi de ces sites après le dépôt des déchets. Les mentions faisant état d’un « stockage en fosses, quantité inconnue », fleurissent sur la base de donnée du BRGM. Dans un rapport que Le Phare Ouest s’est procuré en exclusivité on découvre que 60% des fosses sont situées à proximité d’habitations.

Une copie du rapport réalisé par le BRGM

Une copie du rapport réalisé par le BRGM

Volonté d’oublier

Dans les communes trégorroises, particulièrement touchées par les catastrophes, raviver le douloureux souvenir des marées noires ne réjouit pas tout le monde. «Il faut arrêter d’en parler à un moment!», réagit Michel Lissillour, maire de Trébeurden. Son voisin, Yvon Bonnot, à Perros-Guirec, préfère, lui, ne pas répondre aux sollicitations sur le sujet. «Les élus ne sont pas enclins à communiquer là-dessus, ni à faciliter l’accès aux sites. Que diraient les touristes s’ils savaient que les fossés en haut des plages de Perros-Guirec contiennent des polluants? Ça nuirait au tourisme, à l’immobilier», résume Jacky Bonnemains. L’immobilier. La hantise de l’association et du ministère de l’Écologie. «On avait peur de découvrir que des permis de construire avaient été délivrés sur des sites de stockage, explique Philippe Bodenez. Heureusement, nous n’avons trouvé aucune trace de construction sur les zones recensées». Ou plus précisément, aucun habitat…

Aide à la lecture de l’infographie : vous pouvez cliquer sur les points de couleur pour afficher un descriptif détaillé du site en question

Notre infographie

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