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France Télécom : « A Lannion, un drame peut survenir à tout moment »

France Télécom : « A Lannion, un drame peut survenir à tout moment »

Orange (anciennement France Télécom) pensait avoir tourné la page de la vague de suicide de 2008-2009. Des événements qui avaient déclenchés la polémique sur les stratégies de managements et les conditions de stress au travail au sein de l’entreprise leader dans le domaine des télécomunications. Pourtant aujourd’hui,  à Lannion sur l’un des sites fleurons de l’entreprise, les salariés sont toujours soumis à de fortes pressions. La manière de les exercer à juste évolué.

« Ils ont oublié 2009… ils pensent que tous les salariés ont fait de même, que tout le monde à tourné la page. Mais non, on se souvient tous des suicidés de Lannion. » Gaëlle Urvoas s’exprime lentement, pèse ses mots, consciente de la gravité des faits. La représentante CGT du site de Lannion n’est «  absolument pas étonnée » par ce nouveau suicide au sein du groupe France Télécom, survenu  à Roubaix le 5 juin. Pour elle, rien d’étonnant «  Orange persiste dans sa stratégie de mise sous pression ». La crise de 2009 aura été l’occasion de remanier les techniques de management, de déléguer voir de fragmenter un peu plus le pouvoir décisionnel pour éviter que les mêmes critiques soient formulées envers l’entreprise. Depuis, Orange a pris des mesures, pour se dédouaner et pour essayer d’écarter toute idée de responsabilité dans ces affaires.

Suicide chez Orange

Pour l’Amiral il semble que la LiveBow trouve une nouvelle utilité !

Incitation à la mobilité

Pour bien comprendre l’étendu du problème, il est nécessaire d’effectuer un petit retour en arrière .  En 1997 plus précisément, date de l’ouverture du capital, sous la pression de la concurrence internationale. «France Télécom offrait à ses salariés une sécurité, à la fois dans l’emploi, et dans leur mission de service public. Avec la privatisation, l’inquiétude s’est installée chez les employés, qui se sont sentis fragilisés », expliquait il y a quelques temps Michel Debout, président de l’Union nationale pour la prévention des suicides. La réorganisation de France Télécom s’est faite à marche forcée. La direction prépare un plan de départ volontaire (faute d’avoir pu instaurer un plan social ) qui portait alors sur la suppression de 22 000 postes entre 2005 et 2008. Il n’a pas atteint les objectifs escomptés. « On estime qu’environ 30 000 personnes sont en sur-effectifs à France Télécom. de nombreux salariés se retrouvent sans activité réelle, ce qui peut être à l’origine d’une grande souffrance, » explique Michel Debout.

Suicide chez Orange

Des extraits de rapports publiés par Le Parisien en 2013 accable la direction du groupe 

La direction a ensuite mis en place ce que certains ont appelé «  le management par la peur », en incitant à la mobilité. Les techniques sont nombreuses : fermeture progressives des centres d’appels qui obligent les salariés à effectuer des trajets de plus en plus long pour aller travailler. « Remarques désobligeantes, entretiens individuels humiliants, » sont autant de pratiques qui avaient alors cours dans les différentes structures de France Télécom. Mais aujourd’hui qu’en est il vraiment ? Les principaux dirigeants du groupe sont toujours sous le coup d’une plainte pour harcèlement moral

  « C’est bizarre, il bosse mieux que toi le petit jeune »

Gaëlle Urvoas la représentante CGT de Lannion estime qu’il n’y a « plus de pression  à la mobilité depuis la vague de suicide très médiatisée. » Le mal a pris d’autres formes. Comme nous l’expliquions au début de cet article la direction a fragmenter le pouvoir décisionnel. Les objectifs et les impératifs de production sont toujours fixés par la direction en chef, mais une multitude de sous-dirigeants sont chargés de faire respecter cette cadence. Les pressions qu’ils subissent se répercutent sur les salariés et c’est comme ça que l’on assiste à des situations fortement pressurisantes. «  Des salariés du site de Lannion m’ont rapporté des choses très dures, explique Gaëlle Urvoas, leurs chefs viennent les voir et leurs disent «  mais dis donc tu as pris beaucoup, tu comptes démissionner ? Le petit jeune qu’on vient de prendre en CDD il produit plus vite, tu peux m’expliquer comment ça se fait ? »

Ecoutez la réaction d’une salarié qui s’exprime sous couvert d’anonymat après le second suicide d’un salarié à Orange Lannion, en 2009

Un constat que partage Christian Pigeon, secrétaire général Sud PTT qui va même plus loin et déplore la stratégie du « diviser pour mieux régner. » Orange met en place de nouvelles techniques de surveillances de ces employés et incite à la délation. «  Concrètement ça se met en place très simplement par le biais d’un logiciel qui va mesurer la productivité d’une chaîne de travail et ensuite le maillon faible sera désigné automatiquement, soit pas le logiciel lui -même soit par ses collègues, » explique t-il

Objectif «  casser la R&D »

En 2011, Orange pose sur la table le projet Nova +, une manière de réorganiser l’activité de recherche et développement. Les syndicats y voit un nouveau moyen de pression de la part de l’entreprise et monte au créneau. Orange avance  à pas de velours et explique « L’enveloppe globale des investissements dans la R&D n’est pas remise en cause. [ndlr : par Nova+ ]Nous devons toutefois améliorer l’efficacité, la productivité de l’innovation » «  Dans les faits, Nova+ s’est traduit par une perte d’autonomie totale des ingénieurs de la R&D, explique Gaëlle Urvoas. Ils sont réduits  à travailler sur ce qu’on leur demande, sans aucune possibilité d’évolution. L’initiative est réduite à néant. »

Pas de révolution

C’est avec un certain fatalisme que Gaëlle Urvoas expose les faits, pourtant choquants. « C’est difficile de mobiliser, aujourd’hui l’heure n’est pas à la révolution, les gens sont de plus plus individuels et ne se battent plus pour une cause. Le gros problème, c’est que c’est cet individualisme qui conduit au suicide. A Lannion, un nouveau drame de ce genre peut survenir à tout moment. »
Contacté après le suicide à Roubaix, Orange Lannion n’a pas souhaité réagir sur ce sujet, préférant évoqué les 50 ans du site et les portes ouvertes, «  les premières depuis 18 ans. »

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2 Commentaire(s)

  1. Malheureusement, il en est de même au sein d’ALCATEL-LUCENT / LANNION où il est fort probable que des catastrophes vont arriver dans les prochaines semaines suite aux décisions qui seront prises concernant un certain nombres de salariés dans la première quinzaine du mois d’octobre 2013.

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