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34 ans après, le mazout tient dans un bidon
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34 ans après, le mazout tient dans un bidon

34 ans après le naufrage de l’Amocco Cadiz, le Phare Ouest a tenté de vérifier l’état d’un des plus gros site de stockage des Côtes-d’Armor. Les marais en bordure de Trebeurden et de l’ïle Grande ont abrité plusieurs milliers de tonnes de mazout et autres déchets souillés.

Le naufrage de l’Amoco Cadiz aura laissé une empreinte durable dans le paysage de l’Île-Grande. En bordure de cette zone protégée, qui abrite de nombreuses espèces d’oiseaux, le sable et les algues souillés ont été déposés à même le sol. 5.000m² des marais de Notemo ont été rendus stériles par les déchets contaminés par la marée noire. Bernard Fichaut, enseignant à l’Université de Bretagne Occidentale de Brest, a été témoin de ces dépôts sauvages. Dans les années 1980, il s’est lancé dans un inventaire de ces zones polluées et fait figure d’expert dans le domaine, après des interventions en Alaska et au Liban. «Les Côtes-d’Armor ont été très durement touchées. Mais les pouvoirs en place à l’époque ont privilégié le traitement rapide des déchets sur les plages de Trégastel et de Perros-Guirec, pour ne pas nuire à l’image touristique. Pendant ce temps-là, les hydrocarbures ont pénétré profondément dans la structure des marais».

Des fosses juste sous nos yeux

Dénicher un site du stockage relève du parcours du combattant. Le temps a fait son oeuvre. Mais avec de bonnes indications, il n’est pas impossible de constater la pollution: les fosses se trouvent en fait juste sous nos yeux. «Avant même de prendre le petit pont pour accéder à l’Île-Grande, là sur votre gauche vous avez des talus, des mottes de terres. Sur cinq hectares, cette zone est entièrement stérile. Plusieurs milliers de tonnes de déchets pollués y ont été entreposées.» Aujourd’hui encore, les hydrocarbures, piégés dans le sous-sol, ne demandent qu’à se montrer. Il suffit de creuser un peu pour constater les traces blanchâtres dans les talus. «Symptomatiques du traitement à la chaux pour inerter les polluants», explique Bernard Fichaut. Plusieurs modes de stockage ont été testés au fil des catastrophes. Certaines fosses ont été cimenté, pour isoler les polluants du sol, d’autres bâchées, toujours dans le même but. La majorité des petits sites n’ont subi aucun de ces aménagements destinés à minimiser l’impact sur le littoral.

Marée Noire

Des résidus pétroliers réapparaissent au gré des marées.

Une décomposition difficile

La dégradation de ces polluants est rendue difficile par la nature du terrain. La vase empêche l’oxygénation qui a un rôle destructeur. «Les animaux fouisseurs, comme les crabes verts, font ressortir des hydrocarbures en creusant.». En arrivant à la surface, ils se dégradent rapidement. Mais, piégés dans le sous-sol, ils peuvent rester là encore des années. Petit à petit, la nature pallie les défauts humains. Ce qui n’a pas été traité se dégrade peu à peu. Aujourd’hui, «si l’on essorait l’Île-Grande comme un torchon, on récolterait moins de 30 litres d’hydrocarbures. C’est très peu, en trente ans la nature a digéré la pollution».

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