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On a tiré sur le président
Philippe Labro

On a tiré sur le président

22 novembre 1963, une phrase va devenir historique : « On a tiré sur le président ». J.F. Kennedy est abattu dans les rues de Dallas.

Philippe Labro raconte, pour la première fois, son propre récit de cette journée. Un récit authentique et passionnant, accompagné de sa vision de la personnalité de JFK et de sa conviction sur qui a « tiré sur le président ».

A l’occasion de la sortie de son livre aux éditions Gallimard, Philippe Labro répond aux questions afin de comprendre pourquoi raconter son histoire de la grande histoire.

Le 22 novembre 1963, le président Kennedy est assassiné à Dallas. Comment apprenez-vous l’événement et que faites-vous ?

J’ai entendu crier « On a tiré sur le Président », c’est la phrase clé que toute l’Amérique a prononcé ce jour-là. Je me trouvais alors sur la côte Est des États-Unis, et j’ai filé à New York prendre le premier avion pour Dallas. Sur place, nous n’étions que deux journalistes français, le correspondant de l’AFP à Washington et moi. Je raconte ce que j’ai vécu, ce que j’ai vu, mes intuitions, mes conclusions. C’est un livre très subjectif.

Sur place, que découvrez-vous ?

J’ai 26 ans, j’ai déjà fait du grand reportage, je travaille pour France-Soir. Mais là, c’est le tournant de ma vie de journaliste. Je vis l’événement depuis l’intérieur du quartier général de la police de Dallas, je refais, à pied, l’itinéraire d’Oswald une fois qu’il quitte l’immeuble d’où sont partis les coups de feu, je rencontre Jack Ruby la veille du jour où il assassine Oswald, nous échangeons quelques mots, il me donne même sa carte de visite… Je découvre, aussi, une police désorganisée, dépassée par l’énormité de l’événement, et la prédominance de la presse, en particulier la télévision, qui dicte quasiment à la police quand et comment la sortie d’Oswald du commissariat doit se faire, presque en fonction de l’emplacement des caméras !

Votre conviction sur cet assassinat repose sur « le 3e mort de Dallas »…

Après l’attentat, devant vingt témoins, Oswald tire à bout portant, avec un pistolet calibre .38, sur un policier, l’agent Tippit, qui veut contrôler son identité. Ce meurtre m’a beaucoup frappé, tout comme le propos d’Oswald à l’instant de son arrestation : « It’s all over now », « Maintenant, c’est fini ». C’est l’attitude d’un homme qui sait qu’il va être traqué. En même temps, ce qui me frappe, c’est son déni total : il se dit innocent de tout. Je le vois et je l’entends encore, il est d’un sang-froid, d’une arrogance incroyables.

Diriez-vous cette affaire est le plus beau polar US qu’on ait pu écrire ?

À la minute où j’ai mis les pieds dans ce commissariat, tout ressemblait aux séries B de ma jeunesse, sauf que c’était en couleur. Mais c’étaient les mêmes chapeaux, le même comportement, les mêmes accents, ce mélange de types en uniformes et en civil, cette ambiance de brutalité. Sans parler de l’assassinat d’Oswald dans le garage du commissariat : c’était vraiment de la série noire !

On dit souvent que ce jour-là, l’Amérique avait perdu son innocence…

Plutôt l’espérance. À ce moment-là, Kennedy représente, pour les Américains et le monde occidental, le leader idéal. Il incarne l’espoir d’une vie meilleure, de projets merveilleux et fantastiques comme l’Homme sur la lune. Une forme d’humanisme et une formidable séduction, celle du président comme celle du couple présidentiel. De même que j’ai vécu un polar à Dallas, les Kennedy ont amené Hollywood à la Maison-Blanche ! Après l’attentat, le pays a été plongé dans le chagrin et le deuil absolus : ce que l’Amérique a perdu en innocence ce jour-là, elle l’a gagné en gravité.

Est-ce également un livre de souvenirs sur le jeune journaliste que vous étiez ?

Mon propos, c’est de relater comment un journaliste se souvient, cinquante ans après, de ce tournant de sa vie professionnelle et personnelle. Dès le début, j’ai été fasciné par Kennedy, il correspondait à ce que j’avais senti arriver dans mes années d’étudiant aux États-Unis, il a incarné le tournant des sixties. À sa mort, une page se tourne, du même coup une page s’est tournée dans ma propre vie. Ce livre, c’est d’abord ce que j’ai vécu à Dallas, ce que j’ai reniflé, ce que j’ai fait, et même ce que j’ai raté, avant d’élargir le débat à la personnalité complexe de JFK et à la quête de la vérité – s’il y en a une…

Format : Livre
Genre : Reportage
ISBN :978-2-07-014154-8
Éditeur : Gallimard
On a tiré sur le président - Philippe Labro

About Christophe Segard

Mordu de politique, d'économie, de cinéma et de musique. Co-fondateur du Phare Ouest Retrouvez moi dans l’œil du Phare : http://ow.ly/nA5TD

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