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Shérif Jackson, totalement barré
Shérif Jackson - © Potemkine Films

Shérif Jackson, totalement barré

Oui, dans le genre c’est bien un western, mais dans le fond c’est une autre histoire. Shérif Jaskson, des frères Miller, c’est un grand n’importe quoi, à la manière d’un Tarantino mais en moins bien.

Le film mérite quand même le coup d’oeil, déjà pour l’histoire, ensuite pour la réalisation qui est bien tenue mais surtout pour les acteurs. Ed Harris est grandiose en shérif bien trop extravagant, January Jones qui dézingue avec les seins à l’air et un pasteur obsédé non pas par la foi mais par le sexe, campé par Jason Isaacs.

Synopsis

Dans les plaines arides du Nouveau-Mexique, Sarah, une ancienne prostituée, découvre le corps sans vie de son mari, sauvagement assassiné par un fanatique religieux. Meurtrie, elle part en croisade vengeresse, mais c’est sans compter sur l’arrivée de l’extravagant shérif Jackson.

Le shérif dans l’œil des Miller

« John Wayne ! Tu vas me dire qu’il est pédé ? » Cette réplique de Macadam Cowboy en dit long. John Wayne n’était pas le « Duke » parce qu’il avait crevé l’écran en tant que colonel dans Les Bérets verts ou pour son rôle de boxeur dans La Taverne de l’Irlandais, mais parce qu’il jouait les cow-boys dans des westerns, genre américain par excellence, genre sacré avec des règles bien définies.

Nous pensons que toute chose considérée comme « sacrée » dans l’art est dangereuse. Une chose sacrée est privée de perspectives d’évolution (et cela vaut aussi pour le Pape ou le concept de Royauté !). Nous voulions dépasser les conventions du western, créer une tragédie sans gagnants ni héros positifs, un monde où tout le monde se fait avoir – un récit sombre, tordu et sordide, un triangle de sang brûlant sur les hauts plateaux du Nouveau-Mexique.

Avec l’équipe, nous ne nous sommes jamais dit que nous tournions un western. Nous voulions laisser libre cours à l’imagination de nos collaborateurs, éviter qu’ils aient un corpus de films en tête.

Nous nous sommes abreuvés des peintures du Caravage, de Georges de La Tour et de Goya, nous avons dévorés les écrits de Christopher Marlowe ou de Saint-Augustin, nous nous sommes enfouis dans les micropolyphonies entêtantes de Ligeti, les oeuvres chorales de Rachmaninov, l’atonalité d’Elliott Carter. Une histoire prenante n’a pas besoin d’adhérer à des schémas préconçus. Il lui suffit de trouver son espace à elle, sans souci du genre auquel elle pourrait appartenir.

Au final, parce que les classifications nous aident à donner du sens aux choses, et parce qu’il y a des chevaux et flingues en pagaille, Shérif Jackson sera vu comme un western. Mais gay ou hétéro, le « Duke » n’est pas là, seulement un prophète, un shérif, un Mexicain et une prostituée. Rien de sacré ou de trop sérieux.

Logan & Noah Miller

Zoom sur Logan et Noah

Shérif Jackson - © Potemkine Films

Shérif Jackson – © Potemkine Films

« Si tu te fais un sandwich au beurre de cacahuète et à la confiture, tu ne t’arrêtes pas pour te demander ce que tu es en train de faire. C’est la même chose pour nous lorsque nous réalisons un film. Nous avons toujours tout fait ensemble. Pas un jour ne se passe sans que nous n’ayons des projets et des pensées communes. Nous échangeons énormément. » Noah Miller

Vrais jumeaux, Logan et Noah Miller ont réalisé en 2008 un premier long-métrage, Touching home , drame autobiographique dans lequel un vieil homme alcoolique (interprété par Ed Harris) vient briser les rêves de carrière de sportifs professionnels de ses fils (interprétés par les jumeaux eux-mêmes).

Les Miller ont grandi à Lagunitas, en Californie, à l’ouest du comté de Marin où ils aspiraient à une carrière de joueurs de baseball. Ce sport leur a appris bien sûr le travail en équipe, la discipline mais avant tout la persévérance.

Ed Harris a remarqué les deux jeunes frères lors de la présentation du projet de leur premier film à l’occasion du festival de San Francisco et c’est lui, en rejoignant le casting et la production qui leur a permis de le concrétiser. Suite au succès de Touching Home les jumeaux ont signé un livre écrit pendant le montage du film, Either You’re in or You’re in the way , hommage à leur père, qui mourut seul en prison. Ce livre revient aussi sur les obstacles qui se sont dressés sur la route de deux jeunes réalisateurs perdus dans la jungle hollywoodienne.

Toujours avec l’aide d’Ed Harris, ils ont finalisé en 2012 leur deuxième long métrage, Shérif Jackson . Ed Harris avait tourné Appaloosa dans les environs de Santa Fe au Nouveau-Mexique et c’est lui qui a mis les Miller sur la piste des principaux décors du film : Bonanza Creek Ranch au sud de Santa Fe et Abiquiu, contrée reculée où ont été néanmoins tournées des superproductions comme le quatrième volet d’Indiana Jones, Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal . Le tournage de Shérif Jackson s’est tenu en juillet 2012 pour une durée de 24 jours.

Les deux frères développent actuellement un nouveau projet, un thriller moderne et violent qui se tiendra de nouveau dans les paysages désolés du Nouveau-Mexique.

Paroles d’acteurs…

January Jones

Shérif Jackson - © Potemkine Films

Shérif Jackson – © Potemkine Films

« Sarah a un passé douloureux : sa mère était une prostituée, et elle a travaillé avec elle. Elle s’est forgée une nouvelle vie en épousant Miguel, et elle est très heureuse – il la soutient et ils sont très amoureux. Quand Miguel disparaît, son coeur se brise – son âme aussi peut-être. Là voilà sur le chemin de la vengeance. Ce personnage est très différent de ce que j’ai l’habitude de lire : il est assez rare d’avoir comme personnage principal une femme bien décidée à tout saccager ! Cela ne me paraissait pas très compliqué : le personnage est si fort qu’il est très libérateur de le jouer. Sarah est une femme indépendante, à la fois forte et, par instants, triste. Je ne répète pas énormément : jouer est pour moi un processus organique, très instinctif. Le coeur du film, c’est justement ce coeur brisé : c’est une histoire d’amour tragique. Peu de gens, heureusement, connaissent ce que traverse Sarah, mais les sentiments de tristesse, de colère, d’impuissance sont universels. Sarah est peut-être le personnage le plus décidé que j’ai eu à jouer : son âme s’est endurcie, c’est un personnage très dangereux. Ce qui ne l’empêche pas d’être sympathique : vous avez envie qu’elle fasse ce qu’elle a à faire. Moi, en tout cas, j’en avais envie ! »

Ed Harris

Shérif Jackson - © Potemkine Films

Shérif Jackson – © Potemkine Films

« Le shérif Jackson est un esprit libre. Il agit en fonction de ses propres règles, prend du bon temps et apprécie sa vie. Selon moi, il ne s’approprie pas plus la loi que quiconque à l’époque. Si quelqu’un se conduit mal, il le tuera ou l’arrêtera selon les circonstances. Il traite un peu brutalement le shérif local parce que c’est un bon à rien, qui mérite largement qu’on lui botte le cul. Mon personnage veut aller au fond des choses : des gens disparaissent ou sont tués, il faut savoir qui est responsable. C’est son boulot et il le fera à sa manière. Le film est une histoire de vengeance, mais peu ordinaire, avec de l’humour et une approche du cinéma originale.
Les réalisateurs possèdent un univers singulier. Il n’est pas réaliste : il s’agit de dire la vérité, mais avec une certaine liberté qui repousse les limites du réalisme. Il y a tout de même des choses assez gonflées dans le film et c’est cela qui est amusant ! J’étais content de la distribution : January Jones vient du Dakota du Sud. Elle a grandi dans une petite ville avant de s’installer à Sioux Falls, qui n’est pas une grande ville. Elle sait tenir un fusil, monte bien à cheval, ne s’est jamais plainte, même si sa robe ne devait pas être très confortable. »

Jason Isaacs

Shérif Jackson - © Potemkine Films

Shérif Jackson – © Potemkine Films

« Le prophète mène sa propre secte de fondamentalistes. Il dit recevoir directement ses révélations de Dieu, qu’il livre ensuite à ses disciples. Il est polygame. Peut-être schizophrène. Il est certainement fou de pouvoir. Dans ces lieux et à cette époque, les gens avaient besoin de croire en quelque chose : une ville entière a choisi de croire en lui et le pouvoir absolu corrompt absolument : il pense faire le travail de Dieu sur terre, il veut tout posséder, biens et gens. Et détruire qui osera défier son ego.

J’essaye d’éviter les rôles de « méchant » parce que celui de Lucius Malefoy est un délice, et je ne veux pas me répéter. Mais je ne pouvais pas refuser le scénario des frères Miller parce que Josiah est bien pire. Comparé à lui, Malefoy est membre du club Disney ! A chaque page, il commet une nouvelle exaction, ce qui m’a fait beaucoup rire ! Sur le plateau, les Miller m’ont donné le plus grand cheval, il dépasse tous les autres d’une tête. Si vous voulez réussir votre méchant, donnez lui une perruque adéquate et un énorme cheval ! »

Date de sortie : 9 octobre 2013, (1h 35min)
Réalisé par : Noah Miller, Logan Miller
Avec : January Jones, Jason Isaacs, Ed Harris
Genre : Western
Nationalité : Américain

Oui, dans le genre c’est bien un western, mais dans le fond c’est une autre histoire. Shérif Jaskson, des frères Miller, c’est un grand n’importe quoi, à la manière d’un Tarantino mais en moins bien. Le film mérite quand même le coup d’oeil, déjà pour l’histoire, ensuite pour la réalisation qui est bien tenue mais …

Review Overview

Le Phare Ouest
Studio Ciné Live
Première
Positif
Transfuge

Note Moyenne

Summary : Shérif Jaskson, des frères Miller, c'est un grand n'importe quoi, à la manière d'un Tarantino mais en moins bien.

56

About Christophe Segard

Mordu de politique, d'économie, de cinéma et de musique. Co-fondateur du Phare Ouest Retrouvez moi dans l’œil du Phare : http://ow.ly/nA5TD

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