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Rush

Rush

On change les codes du film de sportif à un héros. Non, ici c’est la place à la démocratie et à la dualité de genre. Ron Howard délivre sans doute le meilleur film de sa carrière, largement aidé par le scénario de Peter Morgan.

Chris Hemsworth (Thor) et Daniel Brühl (Inglourious Basterds) tiennent parfaitement le rôle qui leur incombe, des as du volant qui frôlent la mort à chaque tournant. Le biopic tient la route, accroché au bitume, la gomme se fait largement ressentir.

Synopsis

Rush retrace le passionnant et haletant combat entre deux des plus grands rivaux que l’histoire de la Formule 1 ait jamais connus, celui de James Hunt et Niki Lauda concourant pour les illustres écuries McLaren et Ferrari. Issu de la haute bourgeoisie, charismatique et beau garçon, tout oppose le play-boy anglais James Hunt à Niki Lauda, son adversaire autrichien, réservé et méthodique. Rush suit la vie frénétique de ces deux pilotes, sur les circuits et en dehors, et retrace la rivalité depuis leurs tout débuts.

La naissance d’une rivalité

En 1975, le coureur automobile autrichien Niki Lauda remportait le titre de Champion du Monde de Formule 1 au volant d’une Ferrari, mettant ainsi un terme aux sept années de règne de l’écurie Ford. Son ascension prépara le terrain pour l’extraordinaire saison de 1976, au cours de laquelle se déroule l’action de Rush.

Rush - © Jaap Buitendijk Rush Films Limited Egoli Tossell Film and Action Image

La folle saison 1976

Au cours des premiers mois de la saison automobile de 1976, rien ne laissait présager l’incroyable drame qui allait se jouer entre deux des plus féroces compétiteurs du circuit. Niki Lauda, Champion en titre sur Ferrari, avait remporté six victoires sur les neuf premières courses de la saison, arrivant en tête des Grands Prix du Brésil, d’Afrique du Sud, de Belgique, de Monaco et de Grande-Bretagne. Il était par ailleurs monté sur la deuxième marche du podium lors des Grands Prix d’Espagne et des États-Unis, et avait atteint la troisième place en Suède.

À la mi-saison, au moment de la huitième course, Lauda et Ferrari semblaient imbattables tant ils comptaient de points d’avance – plus du double sur leur plus proche adversaire. Tandis que Lauda dominait la saison, James Hunt – qui deviendrait son plus grand rival – connaissait quant à lui un début de saison laborieux. Au cours de sa première année au sein de l’équipe McLaren, il avait été contraint d’abandonner à quatre reprises au cours des six premières courses de la saison. La controverse poursuivit même Hunt dans la victoire. Bien qu’ayant vaincu Lauda lors de la quatrième course de la saison, le Grand Prix d’Espagne, il fut ensuite disqualifié par les organisateurs en raison de la largeur non conforme de sa Marlboro McLaren-Ford M23. McLaren contesta cette décision, déclarant que cet élargissement était dû au dilatement des pneus durant la course. L’écurie remporta finalement son appel, mais Hunt ne récupéra ses points qu’après deux mois d’âpres discussions.

Hunt remporta le Grand Prix de France (huitième course), tandis que Lauda fut contraint d’abandonner en raison d’un problème de moteur. Il s’agissait alors de la seule course que l’Autrichien n’avait pu achever.

Suite à son triomphe en France, Hunt rentra en Angleterre en héros afin de prendre part au Grand Prix de Grande-Bretagne sur le circuit de Brands Hatch. Au grand dam du Britannique, Lauda obtint la pole position et resta en tête durant la première moitié de la course. Lorsqu’il rencontra des problèmes de boîte de vitesses à seulement 15 minutes de la fin de l’épreuve, Hunt en profita pour reprendre la tête de la course devant un public en délire. Hunt remporta la victoire juste devant Lauda.

Mais une fois de plus, la controverse frappa Hunt, car un incident survenu lors du premier tour avait provoqué un nouveau départ : Clay Regazzoni, le coéquipier de Niki Lauda chez Ferrari, avait
immédiatement défié ce dernier, au point que leurs voitures se touchèrent. Regazzoni fit alors un tête-à-queue et fut percuté par Hunt et Jacques Laffite. Le reste des coureurs arriva à éviter le carambolage, mais les débris sur la piste donnèrent lieu à un nouveau départ.

Hunt courut alors au volant de la voiture de réserve de son équipe, tout comme Laffite et Regazzoni, qui furent forcés d’abandonner. Après la course, Ferrari ainsi que deux autres écuries contestèrent la victoire de Hunt sur ce véhicule. McLaren, qui soutenait que le premier tour n’avait pas été accompli et que par conséquent les règles du nouveau départ ne s’appliquaient pas, ne fut pas entendu par les instances dirigeantes de la F1, qui privèrent Hunt de sa victoire pour la remettre à Lauda.

À l’aube de la dizième course de la saison, le Grand Prix d’Allemagne, et à sept courses de la fin de la saison, Hunt avait légèrement réduit l’écart qui le séparait de Lauda mais accusait toujours un important retard de 23 points. Niki Lauda semblait toujours bien parti pour remporter son deuxième titre consécutif. Mais tout cela changea en Allemagne…

Rush - © Jaap Buitendijk Rush Films Limited Egoli Tossell Film and Action Image

Quand Niki Lauda frôle la mort

Bien que la F1 soit devenue plus sûre grâce aux innovations introduites dans les années 60, ces mesures étaient souvent devancées par les progrès techniques permettant aux voitures d’atteindre de nouveaux records de vitesse. Au cours de ses 56 premières années d’existence, le sport automobile faisait en moyenne trois morts par an. Entre 1967 et 1975, 13 coureurs de F1 ont perdu la vie sur un circuit.

Mais aucun virage n’était plus tristement célèbre que le Nordschleife (la boucle nord) du circuit de Nürburgring en Allemagne, surnommé « l’Enfer Vert » par le légendaire pilote de course Jackie Stewart. Situé au coeur du massif de l’Eifel, à plus d’une centaine de kilomètres au sud de Cologne, le « Ring » était souvent humide et brumeux. Il n’était pas inhabituel que les conditions climatiques diffèrent d’un point à l’autre du circuit ; d’autre part, le circuit faisait plus de 22 kilomètres, ne comptait pas moins de 177 virages, et était bordé d’arbres.

Niki Lauda, l’un des plus fervents défenseurs de la sécurité des coureurs automobiles, avait déjà pointé du doigt le circuit de Nürburgring. Au printemps 1976, lors d’un rassemblement de pilotes, il avait même proposé à ses collègues de boycotter Nürburgring, mais sa proposition avait été rejetée. Sur les conseils de Jackie Stewart, d’importantes sommes d’argent avaient été investies afin d’améliorer les conditions de sécurité du circuit entre 1974 et 1976, notamment avec la pose de grillages et de glissières. Le « Ring » restait cependant un circuit dangereux.

Dans son autobiographie « 300 à l’heure », Niki Lauda écrit : « Les problèmes posés par Nürburgring étaient évidents au premier regard, sa topographie en faisait le circuit le plus dangereux qui soit. Il était pratiquement impossible de sécuriser 22 kilomètres de piste bordée d’arbres. »

En dépit de ses appréhensions, Lauda se qualifia en seconde position sur la grille de départ, juste derrière Hunt, pour le Grand Prix d’Allemagne de 1976. Le matin de la course, le 1er août 1976, la météo sur Nürburgring était, comme à son habitude, imprévisible. Peu avant le départ, la pluie commença à tomber, et la plupart des équipes prirent le départ avec des pneus pluie – ce qui fut rétrospectivement une erreur stratégique, car la pluie cessa et un vent violent vint rapidement sécher la piste.

Lauda fit un mauvais début de course et se laissa distancer. Son dernier souvenir est son arrêt au stand afin de changer ses pneus pluie pour des pneus pour temps sec. À l’approche d’un virage, un élément de transmission de la direction de sa Ferrari se brisa. Sa voiture dérapa, percuta le talus, et décolla avant de retomber en s’écrasant sur la piste.

La voiture suivante réussit à éviter Lauda, qui se trouvait toujours dans la carcasse. Une deuxième voiture, pilotée par Brett Lunger, percuta la Ferrari de Lauda, qui prit feu. La voiture suivante, conduite par Harald Ertl, s’encastra dans celles de Lunger et Lauda. Lunger et Ertl ne furent pas blessés, mais Lauda resta prisonnier des flammes. Plusieurs pilotes, dont Brett Lunger et Harald Ertl, tentèrent de l’extraire du brasier. Ils y parvinrent finalement, mais le pilote était déjà très gravement brûlé.

Niki Lauda fut héliporté vers une unité de soins intensifs de Mannheim où une équipe de six médecins et 34 infirmières firent leur possible pour lui sauver la vie. Brûlé au troisième degré au visage et aux poignets, le pilote souffrait également de fractures des côtes, de la clavicule et de la pommette. Mais ce sont les dommages subis par ses poumons à cause des vapeurs toxiques d’essence combinées à celles des extincteurs utilisés sur la scène du crash qui inquiétèrent le plus l’équipe médicale.

Bien que James Hunt ait fini par remporter le Grand Prix d’Allemagne, le lendemain, les journaux faisaient tous leurs gros titres sur l’accident de Lauda et sur l’état critique du Champion en titre. Durant quatre jours, le pilote resta entre la vie et la mort. Mais Niki Lauda s’accrocha. Presque aveugle, il se concentra sur les voix pour rester conscient. Après son rétablissement, il commença immédiatement à envisager son retour sur le circuit… cette même saison. Constamment accompagné d’un thérapeute, il s’est entraîné 12 heures par jour. Il écrit : « Je me suis vite remis
de mes blessures internes, ce sont les lésions superficielles qui se sont révélées un peu plus compliquées à surmonter. »

En plus de ses graves brûlures sur le visage, Lauda avait perdu ses deux paupières. Plusieurs chirurgiens esthétiques lui ont soumis différentes options au cours de sa thérapie, mais Lauda a choisi de s’en remettre à un chirurgien suisse, qui lui a reconstruit des paupières en utilisant la peau se trouvant derrière ses oreilles.

Rush - © Jaap Buitendijk Rush Films Limited Egoli Tossell Film and Action Image

Le retour de Lauda

Avec Niki Lauda hors course, Hunt réduisit l’écart de points qui le séparait de la première place. Il remporta la pole position du Grand Prix d’Autriche, où il arriva quatrième. Il gagna ensuite le Grand Prix de Hollande, ce qui le mena à deux points de Lauda, 58 à 56. Il ne restait que quatre courses dans la saison, et avec Lauda vraisemblablement absent pour le reste de l’année, il semblait que le Championnat du Monde était à portée de main pour Hunt.

Puis l’équipe de Lauda annonça l’incroyable nouvelle : le Champion du Monde en titre ferait son grand retour sur le circuit pour le Grand Prix d’Italie le 12 septembre 1976, seulement six semaines après le crash qui avait failli lui coûter la vie. Miraculeusement, le pilote se qualifia à la cinquième position et finit à la quatrième place de la course. Il augmenta encore son avance sur Hunt, qui eut du mal à se qualifier et abandonna durant la course.

James Hunt réussit néanmoins à gagner les Grands Prix du Canada et des États-Unis, tandis que son adversaire se plaçait respectivement à la huitième et troisième place. Entretemps, la Fédération Internationale de l’Automobile (FIA) retira à Hunt sa victoire du 18 juillet lors du Grand Prix d’Angleterre. À l’aube de l’ultime course de la saison, le Grand Prix du Japon, Lauda menait alors de trois points, 68 à 65.

Même si Lauda devançait toujours Hunt, le fougueux Britannique était désormais la star de la F1. En effet, si Lauda avait remporté quatre des six premières courses de l’année, Hunt avait quant à lui raflé la première place lors de quatre des six dernières épreuves de la saison.

Au Japon, Hunt et Lauda se qualifièrent respectivement à la seconde et troisième place, derrière Mario Andretti. Bien que plus attentif à la météo, Lauda savait que la voiture de Hunt se comporterait mieux sur circuit mouillé, en outre, il s’inquiétait de ses yeux et de la visibilité réduite à cause de la pluie.

Les pires craintes du pilote se confirmèrent lorsque de fortes pluies s’abattirent sur le circuit international de Fuji Speedway la nuit précédant la course, suivies de brouillard et de davantage de pluie. Le jour J. Hunt et Lauda, tous deux membres du comité de sécurité des pilotes automobiles, exhortèrent les organisateurs à remettre la course, mais ils ne furent pas écoutés. Le départ fut repoussé de 1h40, mais le reste de la course se déroula comme prévu.

Hunt prit un bon départ tandis que Lauda se laissa rapidement distancer. Après deux tours, Lauda rentra au stand et coupa le moteur de sa voiture, déclarant : « C’est trop dangereux. »

Le coureur britannique fit la course en tête durant 61 des 73 tours, puis se plaça en troisième position derrière Mario Andretti et Patrick Depailler. Il remporta ainsi quatre points, assez pour
arracher le titre de Champion du Monde à Lauda avec un seul point d’avance. Cette victoire fut une surprise pour Hunt, qui n’était pas certain de son classement à cause d’un arrêt tardif au stand.
Il confia à Sports Illustrated : « Niki a pris une décision courageuse en décidant de s’arrêter. J’ai beaucoup d’estime pour lui. Pour être honnête, je pense que la course n’aurait jamais dû avoir lieu dans ces conditions. Le choix qu’a fait Niki de ne pas poursuivre a été dicté par la raison. Dans sa situation, avec l’accident de Nürburgring et tout le reste, qui peut dire qu’il aurait agi différemment ? »

Niki Lauda quitta immédiatement le circuit, trop ému pour faire face à l’effervescence médiatique qui suivit inévitablement la course. Il n’exprima cependant jamais de regrets, déclarant plusieurs années plus tard : « La perte du titre de Champion du Monde de 1976 m’apparaît différemment aujourd’hui, bien que je ne me fasse aucun reproche. Si j’avais été un peu moins stressé au moment décisif, si je m’étais détendu et que j’avais décroché les deux points dont j’avais besoin pour remporter le championnat, alors j’aurais aujourd’hui quatre titres à mon palmarès au lieu de trois. Mais sincèrement, cela m’est tout à fait égal. »

Rush - © Jaap Buitendijk Rush Films Limited Egoli Tossell Film and Action Image

La fin d’une époque

Niki Lauda remporta à nouveau le titre de Champion du Monde des pilotes en 1977 sur Ferrari, mais 1976 resta longtemps gravé dans les mémoires des amateurs de F1. Il passa ensuite chez McLaren et remporta son troisième titre en 1984 avec un demi-point d’avance sur son coéquipier, Alain Prost. À la fin de la saison 1985, Lauda se retira de la compétition.

Les graves brûlures qui le défigurèrent lors du crash de 1976 en Allemagne, lui laissèrent d’importantes cicatrices. Il perdit presque toute son oreille droite, ainsi que ses cheveux sur le côté droit du crâne, ses sourcils et ses paupières. Il eut recours à de la chirurgie reconstructrice pour remplacer et faire fonctionner correctement ses paupières, mais ne ressentit jamais le besoin de subir davantage d’opérations. Depuis l’accident, il porte une casquette pour dissimuler les cicatrices sur son crâne. Auteur de cinq livres, Niki Lauda a dirigé sa propre compagnie aérienne, Lauda Air, avant de la vendre à Austrian Airlines en décembre 2000.

Le spectaculaire affrontement entre les deux légendaires pilotes automobiles permit à James Hunt de remporter son seul titre de Champion du Monde. À la fin de la saison 1979, Hunt se retira de la compétition et devint commentateur de Formule 1 pour BBC Sports durant de nombreuses années. Il fut également conseiller et consultant auprès de jeunes pilotes.

James Hunt a succombé à une crise cardiaque en 1993, à l’âge de 45 ans.

En détail...

  • Date de sortie : 25 septembre 2013, (2h 3min)
  • Réalisé par : Ron Howard
  • Avec : Chris Hemsworth, Daniel Brühl, Olivia Wilde
  • Genre : Drame
  • Nationalité : Américain , allemand , britannique

Casting

  • Chris Hemsworth – Rôle : James Hunt
  • Daniel Brühl – Rôle : Niki Lauda
  • Olivia Wilde – Rôle : Suzy Miller
  • Alexandra Maria Lara – Rôle : Marlene Lauda
  • Pierfrancesco Favino – Rôle : Clay Regazzoni
  • Natalie Dormer – Rôle : L’infirmière Gemma
  • Christian McKay – Rôle : Lord Hesketh
  • Stephen Mangan – Rôle : Alastair Caldwell

On change les codes du film de sportif à un héros. Non, ici c’est la place à la démocratie et à la dualité de genre. Ron Howard délivre sans doute le meilleur film de sa carrière, largement aidé par le scénario de Peter Morgan. Chris Hemsworth (Thor) et Daniel Brühl (Inglourious Basterds) tiennent parfaitement le …

Review Overview

Le Phare Ouest
CinemaTeaser
Première
Studio Ciné Live

Note Moyenne

Summary : Le biopic tient la route, accroché au bitume, la gomme se fait largement ressentir.

75

About Christophe Segard

Mordu de politique, d'économie, de cinéma et de musique. Co-fondateur du Phare Ouest Retrouvez moi dans l’œil du Phare : http://ow.ly/nA5TD

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