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Interview : Robert De Niro
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Interview : Robert De Niro

Pour le nouveau film de Luc Besson, Robert De Niro est de nouveau dans une histoire de mafia. Il y joue le rôle d’un père de famille, ancien membre repenti de la mafia.

Robert De Niro fait ses débuts dans « The Wedding Party » de Brian De Palma, en 1969. Cinq ans plus tard, il obtient le New York Film Critics Award du meilleur second rôle pour « Le Dernier Match » de John Hancock et le National Society of Film Critics Award pour « Mean Streets » de Martin Scorsese. Il décroche la même année l’Oscar du meilleur second rôle pour son interprétation de Vito Corleone jeune dans « Le Parrain II » de Francis Ford Coppola et remporte en 1980 un deuxième Oscar – cette fois du meilleur acteur – pour le portrait fascinant qu’il brosse de Jake La Motta dans « Raging Bull » de Martin Scorsese.

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans ce projet ?

Cela fait plusieurs années que je connais Luc Besson et que j’avais envie de travailler avec lui. Quand j’ai découvert le scénario, j’ai d’abord apprécié son humour et son ironie féroce. Et puis, j’ai été intrigué par l’approche originale du film de mafia qu’il proposait et par l’originalité de l’intrigue. Luc s’est totalement approprié l’histoire imaginée par Tonino Benacquista.

Comment pourriez-vous dépeindre votre personnage ?

C’était un gros caïd du crime organisé new-yorkais qui a balancé tous ses complices au FBI. Il bénéficie, de ce fait, du Programme Fédéral de Protection des Témoins mis en place par le gouvernement américain et se retrouve en France, où il déménage d’un endroit à l’autre avec sa petite famille. Jusqu’au jour où la famille finit dans un bled paumé au fin fond de la Normandie ! Autant dire qu’il a l’impression de débarquer sur la planète Mars… Même si la situation peut sembler un peu surréaliste, je trouve que le personnage est écrit de manière très crédible et qu’il est foncièrement attachant. Son immersion dans la culture française suscite des scènes très drôles.

Pourquoi décide-t-il soudain d’écrire ses mémoires ?

Il explique qu’il veut rétablir la vérité sur son parcours et raconter sa propre version des choses. Quand on prend de l’âge, qu’on a apporté sa contribution à la collectivité et qu’on a accompli un exploit ou provoqué un désastre, on a envie de livrer son point de vue sur sa vie et d’être reconnu pour ce qu’on a fait, même si c’est condamnable. C’est ce qui le pousse à prendre la plume. Je trouve que c’est une attitude parfaitement légitime : il tient à rendre compte de ses actes et à faire entendre sa position sur le milieu d’où il vient. Mais il y a quand même de l’humour dans sa démarche : il n’y a qu’à voir l’affection qu’il porte à sa machine à écrire !

Malavita - Photo : Jessica Forde ©EUROPACORP- TF1 FILMS PRODUCTION – GRIVE PRODUCTIONS

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S’agit-il d’un moyen de se racheter aux yeux du monde extérieur ?

Oui, c’est tout à fait probable. Je pense qu’il veut donner des détails factuels très précis pour justifier certaines décisions qu’il a pu prendre dans le passé : en faisant toute la transparence sur sa vie, il recherche une forme de rédemption qui lui apportera une plus grande sérénité. Cela résonne d’autant plus chez moi que je suis en train de lire un livre de mémoires où l’auteur cherche, lui aussi, à livrer son point de vue sur son parcours pour mieux justifier certains de ses actes. La réalité rejoint la fiction…

Pourquoi prend-il autant de plaisir à s’adresser au public après la projection d’un film au ciné-club de la petite ville ?

Je crois bien qu’il apprécie d’être sous le feu des projecteurs. C’est aussi une manière, pour lui, d’obtenir la reconnaissance de tout ce qu’il a fait dans sa vie, non pas par son propre milieu, mais par des gens respectables qui, en un sens, sont dans la réalité. Comme il vit désormais dans la clandestinité, il est heureux de se retrouver en pleine lumière. Et l’expérience est d’autant plus riche pour lui que le film projeté était inattendu et fait écho à son propre vécu.

Comment vous êtes-vous préparé au rôle ?

Je me suis surtout documenté sur le Programme de Protection des Témoins, en amont du tournage. J’avais besoin de m’assurer qu’une situation comme celle qui est décrite dans le film – un ancien mafieux de la côte Est des États-Unis échoue dans un tout petit village français – peut exister. Non seulement j’ai constaté que c’était bien le cas mais j’ai aussi appris que ce type de situations possède des implications politiques, liées aux accords d’extradition passés entre deux pays.

Malavita - Photo : Jessica Forde ©EUROPACORP- TF1 FILMS PRODUCTION – GRIVE PRODUCTIONS

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Vous êtes-vous servi de votre expérience des films de mafia ?

C’est surtout le tournage des AFFRANCHIS qui m’a aidé. En effet, au départ, je me demandais quelle était l’approche de Luc : voulait-il apporter un point de vue humoristique, voire ironique sur le genre ? Quel message cherchait-il à faire passer ? Et puis, quand je me suis mieux imprégné de l’histoire et que j’ai compris ce qu’il souhaitait raconter, je me suis rendu compte que certains détails ne correspondaient pas à la réalité. Tonino Benacquista, l’auteur, n’a d’ailleurs pas hésité à admettre qu’il avait inventé plusieurs éléments dans la narration.

Comment Luc Besson dirige-t-il ses acteurs ?

Ce qui est formidable chez lui, c’est qu’il sait exactement ce qu’il veut. Il fait partie de ces rares cinéastes qui arrivent sur le plateau en ayant déjà leur film en tête. Il a aussi un grand sens du rythme et, comme il est au cadre, il contrôle beaucoup mieux ce qui se passe sur le tournage. Et puis, il est d’une grande rapidité, ce qui me plaît beaucoup. Il ne perd pas de temps avec le clap ou avec d’autres protocoles du même genre : ce qui compte avant tout, c’est de cerner la vérité et la spontanéité de la scène et de ne surtout pas briser l’élan des comédiens.

Est-il réceptif aux suggestions des acteurs ?

Absolument. Étant donné le milieu d’où mon personnage est issu et le contexte mafieux du film, Luc m’a immédiatement dit : «Tu connais des choses que j’ignore totalement alors n’hésite pas à me donner des conseils». C’est vraiment quelqu’un d’ouvert.

Parlez-moi de vos partenaires.

Même si j’avais déjà partagé l’affiche avec Michelle Pfeiffer à deux reprises, nous n’avions pas de scènes ensemble. Il y a quelques années, je lui ai envoyé le scénario d’un autre projet auquel je participais car je me disais qu’elle y avait toute sa place : j’ai eu beau insister – elle n’a pas eu envie de le faire ! Du coup, j’étais enchanté de la retrouver sur MALAVITA. Je me sens à l’aise avec elle et je trouve qu’on forme un couple convaincant. Quant à Tommy Lee Jones, c’est un partenaire avec qui je me suis senti en phase. On se comprenait sans avoir à se dire grand-chose et j’en garde un excellent souvenir.

Malavita - Photo : Jessica Forde ©EUROPACORP- TF1 FILMS PRODUCTION – GRIVE PRODUCTIONS

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About Christophe Segard

Mordu de politique, d'économie, de cinéma et de musique. Co-fondateur du Phare Ouest Retrouvez moi dans l’œil du Phare : http://ow.ly/nA5TD

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