Home / Culture / Cinéma / Interview : Jérémie Renier
Interview : Jérémie Renier
La Confrérie des Larmes

Interview : Jérémie Renier

Entre deux et quatre films par an, Jérémie Renier n’a pas le temps de s’ennuyer, il prend quand même le temps de nous expliquer son ressenti de La confrérie des larmes.

Acteur depuis l’âge de dix ans, Jérémie Renier, d’origine belge, navigue entre les scènes de théâtre, la télévision et le grand écran. Drame, biopic, comédie déjantée, Jérémie Renier est un touche-à-tout du cinéma. Il nous embarque dans un thriller à l’univers troublant, La confrérie des larmes (voir la fiche film), réalisé par Jean-Baptiste Andrea.

Quand et comment êtes-vous arrivé sur ce projet ?

C’était en mai 2012 au Festival de Cannes. Je présentais Elefante Blanco de Pablo Trapero. Deux des producteurs du film, Gaël Nouaille et Laurent Baudens, m’ont alors parlé de La confrérie des larmes et m’ont présenté Jean-Baptiste Andrea. Jean- Baptiste m’a détaillé son histoire et ses envies de cinéaste. Dans la foulée, il m’a envoyé son scénario et surtout ses deux longs métrages tournés aux États-Unis. Je trouvais son univers surprenant. Son film Dead End, par exemple, me faisait penser à du Sam Raimi !
Quant au scénario de La confrérie des larmes, il m’a immédiatement captivé par son côté farfelu et extravagant qui dégageait une énergie nouvelle. J’avais tout de même des craintes, notamment à propos de mon personnage. Le profil de l’ancien flic à la ramasse a déjà été beaucoup traité à l’écran. J’avais peur de tomber dans le cliché.
Jean-Baptiste m’a tout de suite rassuré : « C’est justement pour cela que je te veux dans le rôle. Tu n’as jamais incarné ce genre de personnage, je suis certain que tu sauras l’emmener ailleurs ! »

La Confrérie des Larmes | © Thibault Grabherr

La Confrérie des Larmes | © Thibault Grabherr

La confrérie des larmes est un thriller à suspense, un genre très peu traité dans le cinéma français. Cet aspect a-t-il été déterminant ?

Toute l’intrigue de La confrérie des larmes tourne, en effet, autour d’un objet très convoité, en l’occurrence une valise dont le contenu doit rester secret. C’est vrai qu’en France, on manie très peu le suspense.
Cette histoire m’a tout même fait penser à Caché de Michael Haneke, où il s’agissait d’une cassette vidéo dont on ne connaissait pas la provenance. D’un point de vue personnel, c’est très excitant d’incarner un personnage comme Gabriel, une sorte de James Bond ! Enfant, quand tu rêves de devenir acteur, c’est à ce genre de héros que tu t’identifies.
Le fait que Jean-Baptiste transpose un univers a priori américain en France donnait toute l’originalité à son projet. C’était risqué mais, encore une fois, la force et l’intelligence du scénario nous protégeaient de toute dérive. L’idée était de tenir en haleine le spectateur pendant 1h40 autour du contenu d’une valise.

Êtes-vous intervenu dans la préparation pour affiner certaines choses ?

Jean-Baptiste et moi avons beaucoup discuté de certains points. Je n’ai pas hésité à lui faire part de mes remarques. Nous avons fait beaucoup de lectures pour corriger des choses. Notre préoccupation était de rendre mon personnage suffisamment complexe pour l’éloigner du stéréotype.
Il fallait surtout que votre personnage garde sa part de mystère…
… Tout ce qui pouvait apparaitre de trop évident concernant son histoire personnelle a été supprimé au montage. Ne pas tout connaître d’un personnage permet au spectateur de fantasmer. C’est le propre du cinéma ! J’ai vu récemment Taken. L’efficacité du film repose justement là-dessus. L’opacité du héros intrigue, on reste accroché à lui jusqu’au bout. Que s’est-il passé avant, que va-t-il se passer après ? Le mystère reste entier.

La Confrérie des Larme - Etienne Braun

Comment avez-vous travaillé votre personnage ?

Après le tournage d’Elefante Blanco à Buenos Aires, je me suis arrêté pendant un an. J’ai repris le travail avec La confrérie des larmes. Gabriel, mon personnage, devait être très nerveux. Je m’étais donc préparé physiquement pour traduire cette énergie brute. Je devais être très affuté. Gabriel passe par deux états et deux looks différents.
Au départ, il a un côté perdu avec sa barbe, ses cheveux longs et son bonnet sur la tête… Il est à la dérive mais reste quand même très actif. Il n’a pas peur et peut encore se défendre s’il le faut. Il va d’ailleurs se transformer en James Bond en un clin d’œil et connaître une ascension personnelle et matérielle fulgurante. Pour croire à cette soudaine métamorphose, je devais montrer une certaine animalité. Gabriel est capable de bondir, de courir, si un événement inattendu survient. C’est un ancien flic qui va retrouver sa niaque d’antan.

Ce côté nerveux peut-il le rapprocher d’un Cloclo, par exemple ?

Oui d’une certaine manière, même si Claude François était surtout un maniaque dont la vie était réglée au millimètre… Gabriel, lui, est plus dans le lâcher prise. Son corps est un arc tendu au maximum qui va craquer. Je devais être en tension permanente.

L’amoralité supposée du personnage vous a-t-elle gênée ?

Le film ne traite pas l’aspect social des choses, même si c’est évidemment sous-entendu. L’une des questions que pose le film est : «Que serait-on capable de faire en échange de beaucoup d’argent ?» Gabriel y réfléchit et décide de foncer vers l’inconnu. Je n’ai pas cherché à le justifier ni à le juger, uniquement à comprendre sa détresse personnelle.

La Confrérie des Larmes - Thibault Grabherr

En tant que comédien professionnel, ce genre de changement brutal de statut peut aussi arriver…

C’est vrai ! Personnellement, je n’ai pas encore touché suffisamment d’argent sur un film pour m’acheter une Porsche comme Gabriel ! (rires) Il y a effectivement dans La confrérie des larmes un côté Pretty Woman. Gabriel touche beaucoup d’argent et s’offre tout ce qu’il veut. Il se fait plaisir comme un gamin. C’est du pur fantasme !
C’est jouissif. J’ai pensé au personnage incarné par Bradley Cooper dans Limitless. Il prend une drogue qui lui permet d’être brillant ! Dans La confrérie des larmes, il y a l’idée du vilain petit canard qui devient un cygne, jusqu’à se brûler les ailes.

Le film contient beaucoup de séquences sans dialogues, notamment lorsque Gabriel se retrouve seul dans son bureau vide. Est-ce une situation facile pour un acteur ?

Un acteur doit pouvoir s’amuser avec son corps. C’est l’un des plaisirs du jeu.
Cet aspect physique du personnage m’a particulièrement intéressé. Les frères Dardenne m’ont toujours fait travailler comme ça. Le corps parle avant l’esprit.
Il faut pouvoir se lancer avec une certaine dose d’inconscience. La première chose que je fais pour prendre possession d’un personnage, c’est de déterminer sa posture, sa façon de se déplacer, de se regarder.

Comment s’est déroulé le travail avec Jean-Baptiste Andrea ?

En totale confiance ! Je lui proposais beaucoup de choses. C’est un enthousiaste, il a besoin de tout tenter. Il était là pour canaliser mon énergie. En termes d’action pure, nous étions sur la même longueur d’onde, toujours sur la brèche, très énergiques. En cela, on se complète très bien. Avec nous, il faut que les choses avancent, pas de place pour le relâchement. Si un imprévu nous bloque, on réagit tout de suite et on passe à la suite. C’est un réalisateur sûr de lui qui reste néanmoins ouvert à toute proposition.

La confrerie des larmes

La confrerie des larmes

Gabriel n’est pas seulement un action hero, c’est aussi un père…

Ce rapport avec sa fille est très bien vu. Il est même assez particulier. Je pensais au film Kick Ass dans lequel Nicolas Cage est très cash avec sa fille. Il lui parle comme à une adulte. Malgré son jeune âge, Mélusine Mayance qui interprète Juliette, avait déjà de l’expérience et savait très bien gérer ses émotions. De façon générale, jouer avec des enfants oblige à moins penser à soi pour aider son partenaire à s’exprimer.

Le personnage de Claire, incarné par Audrey Fleurot, renvoie à Gabriel une force libératrice. Parlez-nous de ce face à face.

Durant les lectures, la puissance d’Audrey s’est immédiatement révélée. Sa force a permis à son personnage d’exister tout de suite.
Comme Jean-Baptiste et moi, Audrey est dans l’énergie, la réactivité… Nous formions un vrai trio.

About Nolwenn Nedelec

Présidente de l'association AHJV France, journaliste pour Le Phare Ouest. Passionnée de cinéma, littérature, musique... Bref la culture en général.

Laisser un commentaire

Scroll To Top