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Au bonheur des Ogres, comédie de rose et de noir
Au Bonheur des Ogres - © Etienne Braun

Au bonheur des Ogres, comédie de rose et de noir

Pas facile d’adapter à l’écran l’œuvre de Daniel Pennac. C’est le pari fou que tente de réaliser Nicolas Bary en donnant vie à la saga Malaussène dont le roman « Au bonheur des Ogres » inaugure la série.

La saga Malaussène qui met en scène Benjamin Malaussène, ainsi que ses frères et sœurs, comprends 6 romans. Le premier tome a été vendu, en France, à plus de 1,5 million d’exemplaires. Même si l’adaptation sur grand écran n’est pas à classer dans les chefs d’œuvres, il reste une bonne et belle surprise, surtout avec la présence de Raphaël Personnaz.

Synopsis

Dans la tribu Malaussène, il y a quelque chose de curieux, de louche, d’anormal même diraient certains. Mais à y regarder de près, c’est le bonheur qui règne dans cette famille joyeusement bordélique dont la mère sans cesse en cavale amoureuse a éparpillé les pères de ses enfants. Pour Benjamin Malaussène, bouc émissaire professionnel et frère aîné responsable de cette marmaille, la vie n’est jamais ennuyeuse. Mais quand les incidents surviennent partout où il passe, attirant les regards soupçonneux de la police et de ses collègues de travail, il devient rapidement vital pour le héros de trouver pourquoi, comment, et surtout qui pourrait bien lui en vouloir à ce point-là ? Benjamin Malaussène va devoir mener sa propre enquête aux côtés d’une journaliste intrépide surnommée Tante Julia pour trouver des réponses.

Du livre à l’écran…

Au Bonheur des Ogres est le deuxième long métrage réalisé par Nicolas Bary. Il a choisi d’adapter une nouvelle fois un livre à succès après son premier long métrage sorti en 2008, Les Enfants de Timpelbach, d’après l’oeuvre d’Henry Winterfeld.

À la recherche d’un nouveau scénario, le réalisateur se replonge dans le livre qui a bercé toute une génération d’enfants, d’adolescents et d’adultes.

NICOLAS BARY — J’ai lu pour la première fois ce livre au collège. Je l’ai relu, attiré par les souvenirs colorés, farfelus et décalés de cette histoire. L’univers est contemporain, foisonnant, riche, avec la folie d’un Paris baroque et dynamique. Je me suis complètement reconnu dans ce récit à la fois ludique et entraînant. Les personnages sont profondément humains et attachants. La joie, la douleur, la violence et la générosité ; jouer avec les contrastes est une gymnastique délicate et Pennac est, de ce point de vue, l’auteur contemporain le plus impressionnant.

Le plus dur commence pour Nicolas Bary : convaincre l’écrivain de laisser un de ses livres les plus mythiques devenir un film de cinéma.
Écrire un scénario adapté d’un roman à succès n’est pas chose facile. Les écueils sont nombreux : comment rester fidèle à l’oeuvre originelle ? Comment ne pas décevoir les lecteurs dont l’imaginaire a travaillé bien avant nous ? Souvent les écrivains et les réalisateurs tombent d’accord : il faut trahir le livre pour réussir le film. Le plus important étant de respecter l’intrigue et l’univers de l’auteur.

Au Bonheur des Ogres - © Bruno Calvo

Au Bonheur des Ogres – © Bruno Calvo

NICOLAS BARY — Daniel Pennac m’a encouragé très vite à prendre quelques libertés, ce qui n’était pas forcément rassurant. Le livre est tellement connu qu’on a peur de décevoir les lecteurs. Je voyais régulièrement Daniel Pennac et il me demandait de lui raconter l’histoire, comme pour me l’approprier. J’ai eu des périodes de doutes. Daniel m’avait prévenu que sa saga était difficilement adaptable. J’ai cru parfois qu’il avait raison mais nous avons tenu compte de ses commentaires et petit à petit le scénario a pris sa forme définitive. Je n’ai été soulagé qu’en sachant qu’il avait aimé le film.

Qu’un film tiré d’un roman soit réussi ou pas, pour les acteurs, le livre peut être une vraie source d’informations sur le personnage qu’ils ont à jouer à l’écran. Pour d’autres, au contraire, mieux vaut s’en tenir strictement au scénario. Raphaël Personnaz avait la lourde tâche de faire vivre sur grand écran l’un des héros les plus populaires de la littérature française. Ou plutôt l’anti-héros.

RAPHAËL PERSONNAZ — J’ai lu la saga Malaussène quand j’avais dix ou onze ans. J’avais adoré ces personnages hauts en couleurs à tel point que j’avais même demandé à mes parents de m’emmener sur les lieux emblématiques de l’histoire comme le quartier de Belleville ! Alors forcément, quand on m’a proposé d’incarner Benjamin Malaussène, j’ai tout de suite accepté tant l’univers me paraissait familier. J’ai relu le livre avant de tourner mais le choix de Nicolas Bary à la réalisation me rassurait. Son univers et son premier film (LES ENFANTS DE TIMPELBACH) le prédisposaient à raconter cette histoire. Bien sûr, le fait que Daniel Pennac ait validé le scénario m’a doublement rassuré. Le problème avec un personnage comme Benjamin Malaussène, c’est que chaque lecteur du livre y a déjà fixé son imaginaire. Certains vont peut-être trouver mon interprétation à côté de la plaque, d’autres au contraire vont l’aimer mais je ne peux rien y faire ! Il n’y a pas qu’une façon d’interpréter Malaussène. J’ai proposé la mienne.

BÉRÉNICE BEJO — Ce sont mes parents qui m’ont initiée à Daniel Pennac. Nous sommes argentins et quand nous sommes arrivés en France, mes parents ont naturellement voulu découvrir la littérature de leur pays d’adoption. Daniel Pennac en faisait partie. Du coup, on l’a tous lu dans la famille. D’ailleurs, quand on m’a offert le rôle, j’ai immédiatement appelé ma petite soeur : « Tu te souviens de Pennac ? ». Elle m’a tout de suite répondu : « Oui oui ! Avec le personnage de Tante Julia, la belle rousse ! ».
Ça nous était resté en mémoire ! La chose la plus importante pour moi était de retrouver l’univers de Daniel Pennac dans le scénario ; c’est le cas mais je n’ai pas voulu relire le livre. Je suis restée sur mes souvenirs du personnage de Tante Julia : celui d’un personnage fort et volontaire. Après, j’y amène forcément un peu de moi. J’étais en tout cas très heureuse de l’interpréter.

MÉLANIE BERNIER — J’ai pioché plein de choses dans le livre mais pas de détails particuliers. Je voulais davantage me replonger dans l’univers de Pennac. Surtout que mon rôle est un mélange de deux personnages du livre qui sont deux des soeurs de la fratrie Malaussène : Clara et Louna. Dès qu’on incarne un personnage que les lecteurs connaissent, qu’on y apporte une voix, un mouvement, on trahit forcément un peu leur imaginaire alors on essaie de lui donner vie autrement.

THIERRY NEUVIC — À la lecture du scénario, je n’ai pas voulu relire le roman, que j’avais découvert quand j’avais 15-16 ans, pour ne pas connaître de frustration. Nicolas Bary a adapté les choses à sa manière et les discussions avec lui me suffisaient. Je crois que l’essence du livre de Pennac est là. Si l’histoire est bien racontée et qu’elle est bonne, les spectateurs partiront dans le film, oublieront un peu le livre et participeront à l’aventure que nous leur proposons.

GUILLAUME DE TONQUÉDEC — Je connaissais Daniel Pennac mais je ne l’avais jamais lu. Honte sur moi ! (rires) Toute cette aventure m’a donc permis de découvrir son oeuvre. Dimitri Rassam, qui a aussi produit LE PRÉNOM, et Nicolas Bary ont pensé à moi pour incarner Sainclair, un personnage très éloigné de ma personnalité et de ma tête d’enfant sage ! Le scénario m’a tout de suite plu mais il me fallait rencontrer le réalisateur. Tourner un film est une telle aventure humaine qu’il vaut mieux se choisir mutuellement. Je suis très content de faire partie de celle-ci et Nicolas ne m’a pas déçu !

Un univers à retranscrire

Transposer l’univers de Daniel Pennac du papier à l’écran suppose de bien connaître l’univers de son auteur, d’en restituer toutes les subtilités et la complexité.

L’univers de Pennac est baroque. Ça grouille comme dans une fourmilière. Le rire n’est jamais loin des larmes, le sordide côtoie le sublime et l’humour flirte avec le tragique.

Daniel Pennac décrit des événements et des situations vraisemblables dans des lieux bien réels comme le quartier de Belleville, un quartier de Paris où se produisent plusieurs des événements importants du récit.

Cette réalité est cependant pimentée d’un brin de fantaisie qui lui confère une dimension quelque peu incroyable. La voiture de Tante Julia par exemple semble sortie d’un autre temps et les costumes semblent parfois anachroniques.

Au Bonheur des Ogres - © Bruno Calvo

Au Bonheur des Ogres – © Bruno Calvo

NICOLAS BARY — L’univers du film est réaliste mais pas naturaliste. Nous avons essayé de créer une atmosphère stylisée et dynamique, humoristique et décalée. L’univers est celui du conte. Je souhaitais que le film soit drôle et touchant mais aussi subtil, grave et impressionnant.

L’aide du dessin…

Pour transposer tout cet univers à l’écran, le réalisateur Nicolas Bary s’est entouré de proches collaborateurs. Parmi eux, le dessinateur Laurent Kim.

LAURENT KIM — Nicolas Bary attache beaucoup d’importance à la direction artistique. En amont du tournage, il met en place une phase créative qui a pour but de transcrire le scénario en un univers visuel concret. Cela passe par le dessin et une recherche iconographique. Nous jalonnons le projet de références multiples que je vais puiser dans plusieurs domaines artistiques pour nourrir l’univers du film. Cela peut-être la mode, la photographie, l’art contemporain ou la bande dessinée.

Les dessins de Laurent Kim sont un outil précieux pour toute l’équipe artistique. Ils matérialisent sur le papier les désirs du réalisateur. La ressemblance des dessins avec les interprètes principaux est d’ailleurs frappante comme si les personnages du film devenaient les personnages d’une bande dessinée.

On sous-estime trop souvent l’influence des costumes ou de certains vêtements sur le jeu des comédiens. Pour Agnès Béziers et Nicolas Bary, les essayages avec les acteurs sont d’ailleurs primordiaux dans la préparation du tournage.

Nicolas Bary entame le tournage de ses films avec un story-board complet. Un cas assez rare dans le métier. Éric Gandois, story-boarder du premier film de Nicolas Bary et dernièrement de la comédie « Les Kaïra » confirme l’utilité d’un tel procédé.

Au Bonheur des Ogres - © Bruno Calvo

Au Bonheur des Ogres – © Bruno Calvo

ÉRIC GANDOIS — C’est un bel outil pour communiquer sa vision d’un projet à toute une équipe, surtout lorsqu’il est ambitieux comme celui-là. Les images sont parfois plus fortes que les mots et cela permet d’avoir une vision d’ensemble. AU BONHEUR DES OGRES est un projet compliqué : il mêle plusieurs genres, beaucoup de personnages, des effets spéciaux, des animaux, des enfants, de la poésie, de l’humour, de l’action, donc beaucoup de défis à relever. Les dessins aident à lier tout ça.

Les Décors

Le film est dédié à Bettina von den Steinen, décédée peu après le tournage. Chef décoratrice de nombreux longs métrages, il fallait quelqu’un d’exception pour les 2200 mètres carrés de décors nécessaires au film.

SÉBASTIEN MONTEUX-HALLEUR, ensemblier décorateur — Bettina, c’était une locomotive : gaie, bagarreuse. Pour ce projet, elle a travaillé presque 2 ans en amont du tournage avec Nicolas Bary. Elle a apporté une énergie colossale au film en entraînant les gens avec elle. Elle était exigeante et maternelle !
Elle a réalisé pour les décors des plans et des dessins très détaillés en couleurs pour nous guider. Pour l’appartement de la famille Malaussène, par exemple, elle voulait qu’il ait un côté vintage sans que cela fasse trop branché ou ringard. Il devait ressembler un peu à une boutique ancienne, un lieu où règnerait un joyeux désordre et où l’on pourrait distinguer les traces des vies successives de la famille. Le mobilier et les différents objets qu’on y trouve ont été chinés, pour l’essentiel en Belgique, quand ils ne pouvaient pas être construits.

L’un des autres paris du film était de donner vie au grand magasin « Au Bonheur Parisien », théâtre principal des événements qui vont bouleverser la vie des personnages.

Donner vie au grand magasin « Au Bonheur Parisien » a demandé un énorme travail. Il a fallu préparer chaque stand et en décorer chaque recoin. De l’extérieur, tout le monde aura reconnu « La Samaritaine », l’un des magasins les plus mythiques de la ville de Paris. Si « Au Bonheur Parisien » lui vole sa façade, l’intérieur ressemble aux magasins de notre époque qui grouillent de monde et d’enfants. « Au Bonheur Parisien » se situe entre la modernité et la nostalgie.

Au Bonheur des Ogres - © Bruno Calvo

Au Bonheur des Ogres – © Bruno Calvo

NICOLAS BARY — Recréer le magasin « Au Bonheur Parisien » a été un travail considérable. Le grand magasin parisien en période de Noël fait s’agiter une faune cosmopolite : un théâtre de la vie, la société en miniature. On a essayé d’imaginer un magasin moderne qui aurait un cadre plus ancien. Nous avons eu la chance de tourner à « La Samaritaine », fermée depuis quelques années. Nous avons aussi reconstitué certains décors intérieurs en studios puis dans d’autres magasins de la capitale.

Date de sortie : 16 octobre 2013, (1h 32min)
Réalisé par : Nicolas Bary
Avec : Raphaël Personnaz, Bérénice Bejo, Guillaume De Tonquédec
Genre : Comédie
Nationalité : Français

En interview sur Le Phare Ouest :

Pas facile d’adapter à l’écran l’œuvre de Daniel Pennac. C’est le pari fou que tente de réaliser Nicolas Bary en donnant vie à la saga Malaussène dont le roman « Au bonheur des Ogres » inaugure la série. La saga Malaussène qui met en scène Benjamin Malaussène, ainsi que ses frères et sœurs, comprends 6 romans. Le …

Review Overview

Le Phare Ouest
Positif
aVoir-aLire.com
TéléCinéObs
Le Journal du Dimanche
Studio Ciné Live
Télé 7 Jours

Note Moyenne

Summary : Même si l'adaptation sur grand écran n'est pas à classer dans les chefs d'œuvres, il reste une bonne et belle surprise, surtout avec la présence de Raphaël Personnaz.

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About Christophe Segard

Mordu de politique, d'économie, de cinéma et de musique. Co-fondateur du Phare Ouest Retrouvez moi dans l’œil du Phare : http://ow.ly/nA5TD

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