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As I Lay Dying, du grand James Franco

As I Lay Dying, du grand James Franco

James Franco réussi un pari fou : adapter le plus fidèlement possible le roman de Faulker « Tandis que j’agonise ». Cette odyssée morbide crève l’écran avec un style travaillé, une utilisation intelligente du split-screen et des acteurs talentueux.

Et le pari était pourtant ardu, le roman de Faulker étant un récit avec mille points de vue. Mais Franco voulait une réelle adaptation, au plus proche de l’écrit. Cette famille qui se meurt dans le parcours du deuil trouve sa place et James Franco prouve qu’il a bien sa place dans le monde de la réalisation.

Synopsis

Après le décès d’Addie Bundren, son mari et ses cinq enfants entament un long périple à travers le Mississippi pour accompagner la dépouille jusqu’à sa dernière demeure.

Anse, le père, et leurs enfants Cash, Darl, Jewel, Dewey Dell et le plus jeune, Vardaman, quittent leur ferme sur une charrette où ils ont placé le cercueil. Chacun d’eux, profondément affecté, vit la mort d’Addie à sa façon. Leur voyage jusqu’à Jefferson, la ville natale de la défunte, sera rempli d’épreuves, imposées par la nature ou le destin. Mais pour ce qu’il reste de cette famille, rien ne sera plus dangereux que les tourments et les blessures secrètes que chacun porte au plus profond de lui…

Du livre au scénario

William Faulkner a écrit Tandis que j’agonise en six semaines, alors qu’il travaillait dans une centrale électrique, et la légende veut qu’il n’en ait pas changé un seul mot. Publié en 1930, Tandis que j’agonise est le cinquième roman de l’écrivain. Il compte 15 narrateurs différents et 59 chapitres.

Porter le roman à l’écran fut, à bien des égards, une épreuve similaire à celle traversée par la famille Bundren. Ce film à petit budget a été tourné en 25 jours avec des acteurs du Mississipi ; les comédiens ont dû réaliser une dangereuse cascade aquatique dans une rivière au courant puissant et affronter l’incendie d’une grange. Mais bien en amont, la plus grande difficulté a consisté à transformer le complexe roman de William Faulkner en un scénario concis de 120 pages.

Le producteur Vince Jolivette, associé de James Franco chez Rabbit Bandini Productions, déclare : « Nous avons commencé à nous intéresser au projet il y a près de sept ans. James et moi voulions tourner un court métrage adapté d’une nouvelle de William Faulkner intitulée Feuilles rouges à La Nouvelle-Orléans, mais le budget nécessaire devenait trop important, nous avons donc abandonné cette idée et avons décidé de nous attaquer à Tandis que j’agonise. »

James Franco a grandi au sein d’une famille d’écrivains et d’universitaires. Ses parents se sont rencontrés à Stanford ; sa grand-mère paternelle, Marjorie, écrit des romans pour jeunes adultes, et sa mère, Betsy Lou, est auteur et actrice. Son père, patron d’une entreprise de la Silicon Valley, est titulaire d’un MBA obtenu à Harvard, et Tandis que j’agonise compte parmi les premiers romans qu’il a offerts à son fils.

L’acteur se souvient : « C’est l’un des premiers romans que j’ai lus sans y être obligé, hors lectures scolaires. C’est mon père qui m’a donné ce livre et je me souviens avoir passé tout un week-end à le lire, vendredi et samedi soirs compris, alors que tous mes amis faisaient la fête. C’était une lecture difficile mais j’ai essayé d’en comprendre chaque ligne, et je ne l’ai jamais oublié. J’ai pensé que cela ferait un film vraiment intéressant en raison de sa structure. Chaque chapitre est un monologue dit par un personnage différent. Bien que la manière dont l’histoire est racontée soit très compliquée, la structure du roman, elle, est très simple. L’histoire est relativement facile à suivre pour le public, c’est pourquoi je me suis dit que ce mélange de complexité et de simplicité ferait un bon film. »

As I Lay Dying - © Metropolitan FilmExport

As I Lay Dying – © Metropolitan FilmExport

« Après une longue carrière d’acteur, je me suis mis à envisager d’écrire ou de réaliser des films, mais sans l’avoir jamais fait, m’attaquer à AS I LAY DYING me semblait presque impossible. Je pensais que je n’y arriverais jamais, et puis je me suis souvenu d’une biographie sur Sean Penn, où j’avais lu qu’il avait voulu adapter Tandis que j’agonise et incarner le personnage que je joue, aux côtés de Jack Nicholson dans le rôle du père. Je connais Sean car nous avons collaboré sur HARVEY MILK de Gus Van Sant, mais je ne lui ai jamais demandé si c’était vrai. C’est sans doute le premier élément qui m’a permis d’envisager sérieusement cette possibilité. Puis, plusieurs années plus tard, j’ai repensé à ce projet et je me suis mis en quête des droits d’adaptation. »

Vince Jolivette : « Nous avons contacté les ayants droit de William Faulkner, mais à l’époque, il y avait quelques problèmes concernant les droits. Il a fallu cinq ans pour régler ces questions, et deux années de plus pour venir à bout du scénario et trouver les fonds nécessaires à la réalisation du film. »

La liste des meilleurs romans de langue anglaise du XXe siècle publiée par la maison d’édition américaine Modern Library comprend trois titres de William Faulkner : Tandis que j’agonise, Lumière d’août (1932) et Le Bruit et la Fureur (1929), qui arrive en sixième position. Si le romancier a remporté le Prix Nobel de littérature 1949, ainsi que deux Prix Pulitzer dans la catégorie fiction, il a également écrit de nombreux scénarios pour Hollywood, parmi lesquels ceux des films LE PORT DE L’ANGOISSE et LE GRAND SOMMEIL, réalisés par Howard Hawks.

Les nouvelles et les romans de William Faulkner ont fait l’objet de dizaines d’adaptations télévisées et cinématographiques au cours des soixante-dix dernières années, mais celles-ci se font de plus en plus rares. Vince Jolivette : « Cela fait quarante ans qu’aucun roman de Faulkner n’a été adapté au cinéma, si on omet « Two Soldiers » mis en scène par Aaron Schneider, Oscar du meilleur court métrage 2003. Le dernier long métrage remonte à près de cinquante ans. »

Tandis que j’agonise est un chef-d’oeuvre de la littérature américaine, mais il a longtemps été réputé inadaptable. Le producteur précise : « C’est un roman très dense dont beaucoup pensaient qu’il ne pourrait jamais être porté à l’écran. Lorsque James adapte un roman pour le cinéma, il tient à rester le plus fidèle possible à l’oeuvre originale. »

James Franco : « Beaucoup d’éléments m’intéressaient dans ce livre. À mon sens, c’est avant tout l’histoire d’une famille de fermiers qui a une tâche funèbre à accomplir : enterrer celle qui fut leur épouse, leur mère. Chaque personnage a des désirs propres, et le roman raconte comment cette famille se désintègre, comment la mort de la mère engendre des réactions en chaîne. Mais c’est aussi un voyage épique qui les mène de la campagne à la ville, et au cours duquel ils sont physiquement mis à rude épreuve car ils doivent affronter une rivière en crue et un incendie. Leur périple trouve un écho qui dépasse largement le cadre du roman… Peut-être s’agit-il d’une métaphore des épreuves que nous traversons tous dans la vie, ou bien de la nature épique de la vie quotidienne. »

« J’aime mélanger les genres, à tous les niveaux, qu’il s’agisse d’endosser le rôle d’acteur, de réalisateur ou de scénariste d’un film, ou encore de mélanger les genres des films que je tourne ou des personnages que j’interprète. La diversité est enrichissante. D’une certaine façon, c’est un moteur, cela me permet de ne pas me sentir cantonné à une seule activité, et par conséquent, d’être meilleur dans ce que je fais. Tandis que j’agonise a été écrit il y a quatre-vingts ans, et jusqu’à présent, personne n’a réussi à l’adapter, je suis donc le premier à m’y risquer. »

L’acteur a évoqué le défi que représentait l’adaptation du roman avec Keith Staskiewicz du magazine Entertainment Weekly. Dans l’interview, il déclare : « Il a fallu que je réussisse à retranscrire le ton du roman, tout en me détachant de sa structure. Je ne pense pas que le découpage rigoureux du livre aurait fonctionné sur grand écran : on imagine mal voir apparaître le titre « Cash », par exemple, avant de découvrir l’histoire de ce personnage. On peut se glisser dans la tête des personnages et explorer leur voix intérieure, mais il faut que ce soit intégré de manière fluide dans le récit car un film ne fonctionne pas de la même manière qu’un roman. D’une certaine manière, le cinéma est plus concret parce qu’il raconte une histoire à travers des images. Je tenais à rester le plus fidèle possible au livre, mais pour y parvenir j’ai dû transformer certains aspects de l’histoire. »

« Mon travail a consisté à passer d’un support à un autre, à traduire les procédés littéraires utilisés par William Faulkner en techniques cinématographiques. Ce qu’il y a d’intéressant dans le livre, ce sont ses deux niveaux de lecture, chacun possédant son propre style, sa propre signification et son propre mode de fonctionnement. »

As I Lay Dying - © Metropolitan FilmExport

As I Lay Dying – © Metropolitan FilmExport

Vince Jolivette : « La première version du scénario écrite par James comptait environ 170 pages. Nous avons fait parvenir le script à l’un de ses amis, Matt Rager, doctorant à Yale, qui est auteur et se spécialise dans l’adaptation de romans sous forme de scénarios. Il nous a renvoyé ses réflexions, et en les étudiant, nous nous sommes dit que le mieux serait de le laisser le retravailler et que nous essaierions ensuite d’intégrer au moment du tournage le plus possible des scènes que nous avions décidé de supprimer. »

Matt Rager a obtenu son master d’anglais à l’université Western Washington en 2007, et il était en troisième année à Yale lorsque James Franco l’a contacté. Il résume le roman : « Après le décès de la mère, Addie, les membres de sa famille tentent d’honorer leur promesse d’aller l’enterrer auprès des siens, à une journée de voyage de chez eux, mais une tempête éclate et leur périple se transforme en véritable épopée. »

Matt Rager et James Franco se sont rencontrés sur les bancs de l’université de Yale, au sein du cursus d’anglais. Le scénariste se souvient : « Nous avions des goûts littéraires très similaires, nous discutions sans cesse de littérature et menions des projets communs. Il m’avait dit que Vince et lui travaillaient à cette adaptation depuis un certain temps, et puis, il y a environ un an, ils m’ont demandé de me joindre à eux. J’ai commencé par lire la première version du scénario, puis James et moi nous sommes attelés à la réécriture.

« J’ai pris le scénario de 170 pages de James, et j’ai opéré en deux ou trois étapes. La première a consisté à intégrer la totalité de l’histoire dans le scénario sous une forme exploitable. Étant donné la densité de la version initiale, la question était de savoir comment nous allions nous y prendre pour en faire un scénario d’une longueur raisonnable, et plus important encore, un film intéressant, tout en restant fidèle aux incessants changements de perspective et aux longs monologues intérieurs. Et bien entendu, l’une des difficultés majeure repose sur le fait que le monologue intérieur ne s’exprime pas de la même manière au cinéma ou en littérature. Il a fallu trouver le moyen de le retranscrire à l’écran, et James a entre autres opté pour une technique très intéressante qui consiste à diviser l’écran, ce qui nous permet de tout voir en même temps, de manière fragmentée. On découvre par exemple simultanément Jewel du point de vue de Darl, et Darl du point de vue de Jewel. C’est ce genre de choses qui nous a posé le plus de difficultés, car il fallait à la fois réussir à évoquer la complexité de l’oeuvre de Faulkner avec sa multiplicité de perspectives, ainsi que l’univers du roman, tout en l’adaptant pour le cinéma. »

Les nombreux monologues intérieurs du roman, menés par une quinzaine de personnages, rendent la lecture de Tandis que j’agonise complexe, mais les transcrire sous forme de scénario s’est révélé un défi encore plus grand. James Franco : « Les Bundren sont une famille de fermiers, ils parlent donc comme tels. À l’instar de la majorité des fermiers du Mississippi dans les années 1900, ils n’ont pas fréquenté longtemps les bancs de l’école et leur élocution s’en ressent. Dans leurs monologues intérieurs en revanche, ils utilisent un vocabulaire plus recherché et évoquent des sujets très complexes ; ces monologues sont écrits dans un style qui n’est pas le leur. Cela ne veut pas dire qu’ils ne ressentent rien ou qu’ils ne sont pas doués d’une intelligence émotionnelle, mais ils n’auraient jamais été capables de verbaliser ce qu’ils expriment dans leurs monologues intérieurs. Selon moi, il s’agit de la voix et des mots de Faulkner. Il veut montrer que ces personnages sont complexes mais qu’ils n’arrivent simplement pas à l’exprimer avec des mots. »

As I Lay Dying - © Metropolitan FilmExport

As I Lay Dying – © Metropolitan FilmExport

Matt Rager : « Je pense que le scénario que James et moi avons écrit reste fidèle aux courants de conscience qu’on trouve dans le roman. Certains ont été quelque peu transformés pour les rendre plus abordables. À une ou deux reprises, nous avons aussi pris des éléments du texte qui ne correspondaient ni à un monologue intérieur, ni aux pensées d’un protagoniste, et les avons exprimés à travers un personnage du film. À côté de cela, nous avons repris de longs passages du texte mot pour mot, afin de rester aussi fidèles que possible au style de Faulkner plutôt que de tenter de l’imiter. Nous avons conservé son style tout en essayant de l’intégrer à la structure du film. »

James Franco a adopté plusieurs techniques afin de retranscrire les différents points de vue. « Deux techniques me sont immédiatement venues à l’esprit : celle de l’écran divisé, et celle de la voix-off, même si j’étais conscient que celle-ci devait être originale. Il ne fallait pas qu’il s’agisse d’une voix-off traditionnelle, mais qu’elle apporte quelque chose de plus, car le flot de pensées qui se déverse dans le roman n’a rien à voir avec un monologue intérieur conventionnel, il est complexe et dépasse la capacité d’expression des personnages. Et cela a évidemment influencé notre manière de tourner. Le film n’est pas aussi structuré que le livre, il n’est pas découpé en chapitres, car nous voulions qu’il soit plus fluide. »

Une fois la version finale du scénario achevée, Vince Jolivette a arpenté Hollywood en quête de financement. « Nous avons contacté de nombreux financiers et beaucoup nous ont fermé la porte au nez. Mais Avi Lerner a accordé toute sa confiance à James, il l’admire beaucoup et l’aurait suivi sur n’importe quel projet.

James Franco commente : « Avi Lerner et son équipe chez Millennium Films se sont révélés des partenaires formidables capables de monter ce genre de films. Ils nous ont beaucoup soutenus et m’ont laissé libre de choisir les acteurs que je voulais. »

Rob van Norden, qui a travaillé en tant que directeur et superviseur de production sur une multitude de projets, raconte : « Vingt-cinq jours, c’est tout ce que nous avions pour tourner le film. C’était très ambitieux, mais heureusement James l’est également. C’est quelqu’un de vraiment brillant, qui s’adapte et travaille très vite. »

Date de sortie : 9 octobre 2013, (1h 50min)
Réalisé par : James Franco
Avec : James Franco, Tim Blake Nelson, Danny McBride
Genre : Drame
Nationalité : Américain

James Franco réussi un pari fou : adapter le plus fidèlement possible le roman de Faulker « Tandis que j’agonise ». Cette odyssée morbide crève l’écran avec un style travaillé, une utilisation intelligente du split-screen et des acteurs talentueux. Et le pari était pourtant ardu, le roman de Faulker étant un récit avec mille points de vue. Mais …

Review Overview

Le Phare Ouest
aVoir-aLire.com
Critikat.com
Filmsactu
CinemaTeaser
Première
Studio Ciné Live
Les Inrockuptibles
Cahiers du Cinéma
Le Monde

Note Moyenne

Summary : Cette odyssée morbide crève l'écran avec un style travaillé, une utilisation intelligente du split-screen et des acteurs talentueux.

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About Christophe Segard

Mordu de politique, d'économie, de cinéma et de musique. Co-fondateur du Phare Ouest Retrouvez moi dans l’œil du Phare : http://ow.ly/nA5TD

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